Depuis la semaine dernière, nous proposons aux artistes et acteurs culturels de nous faire partager leurs œuvres, leurs écrits, leurs créations en général (peinture, dessin, photographie, vidéo, installation, musique, texte…) en rapport avec le thème « Du confinement au monde de demain ».

Il vous suffit de vous présenter en quelques lignes, de nous décrire votre projet, de prendre en photo votre œuvre et de nous envoyer le tout à l’adresse suivante : loucheux@localhost
Vos créations seront partagées sur le site de l’Art-vues ainsi que sur les réseaux sociaux. 

Les créations d’Oddbjørg Reinton :

Norvégienne d’origine je me suis installée en France en 1986. Depuis, je travaille sur les regards croisés entre le nord et le sud, le froid et le chaud, la lumière et l’obscurité; sur le dedans et le dehors, la présence et l’absence, le plein et le vide, l’apparition et la disparition…en observant la faune et la flore, la mer et la terre. Souvent ces oppositions se sont cristallisées sur les ours blancs et les gorilles. Je vis et travaille actuellement à Saint-Brès dans l’Hérault.

Le thème reflète parfaitement mes préoccupations en tant qu’artiste et je vous envoie ici un texte que je viens d’écrire. Peut-être un peu long, mais il est difficile de dire moins sur ce vaste sujet ! J’envoie également quelques photos des étapes successives auxquelles je fais référence dans mon texte. Difficile aussi de choisir… puisque le « demain » est lié à « hier ». Je pense donc je suis date de 2000…Tous les titres, formats et années de création figurent sur les photos si besoin. Je vous laisse choisir. La qualité des différentes photos n’est pas égale, n’ayant plus accès à toutes les œuvres..

Du confinement au monde de demain « Cette belle espérance, qui consiste à croire sans preuve, à adorer ce qu’on ignore et à attendre avec ferveur ce qu’on ne sait pas du tout », pour citer Flaubert. S’agit-il donc d’imaginer un avenir meilleur et y croire? Depuis que l’homme s’est auto-proclamé maître de la planète Terre, le monde animal a subit des exploitations de tout genre en les privant de leur espace: ils ont été encerclés, repoussés, chassés, abattus, confinés… Ce constat a été une de mes préoccupations majeures en tant qu’artiste depuis bientôt 30 ans. Et puis, en l’espace de quelques semaines la situation s’est en quelque sorte inversée.
Il a fallu appuyer sur le bouton STOP. S’agit-il d’une parenthèse? J’ose espérer que l’on ne va pas juste rembobiner pour reprendre nos actions inacceptables, mais qu’au contraire on recommencera autrement avec plus de respect et une conscience agrandie de l’autre au sens large du terme. Dans mon travail j’ai accordé peu de place au genre humain, mais beaucoup de place à ses agissements et impacts face à l’animal et à la biodiversité. L’enfermement a été pour moi un thème récurrent. J’ai visité de nombreux zoos pour observer et être témoin de conditions de confinement de longue durée. Certes, au fil des années, la situation s’est améliorée, mais le principe reste le même. Les animaux sont privés de liberté et de leur habitat naturel. Oui. On se nourrit du vivant pour vivre. Ayant grandie dans une ferme, je sais que le respect du vivant n’est pas incompatible avec sa consommation si cela est fait avec discernement. Dans ma série intitulée Outlook j’ai interrogé les regards portés et croisés entre les espèces et les espaces. Ne sommes nous pas également enfermés dans un système – économique et sociale – dans lequel on se croit libre ? J’interroge les dichotomies dedans/dehors; libre/enfermé…sans pour autant prétendre apporter des réponses. Peu à peu j’ai renversé les rôles en m’imaginant un monde où les animaux prennent eux-même leur destin «en main», ne comptant pas sur l’homme pour s’en sortir. Mais si l’homme sortira seul de son propre confinement, en revanche, il ne s’en sortira pas, par ailleurs, tout seul. La liberté est essentielle pour tout être vivant et il me semble que c’est uniquement par le respect des espèces et des espaces que nous pourrons continuer à faire du chemin ensemble… Misons sur l’espérance d’un juste milieu.

Oddbjørg REINTON, 5 avril 2020

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