Avec une surface dexposition doublée et une large campagne de restauration des œuvres de sa collection permanente, le musée Henri-Martin de Cahors rouvre ses portes, le 6 mai prochain, totalement métamorphosé. Fermé au public depuis fin 2015, il rassemble les collections acquises par la Ville de Cahors depuis sa création en 1833. Aujourdhui, ce sont près de 11 000 objets et lots dobjets qui constituent le fond dont 200 restaurés le temps du chantier. Rencontre avec Rachel Amalric, directrice du musée Henri-Martin de Cahors, qui nous a présenté le nouveau visage de ce lieu d’art et d’histoire. 

Rachel Amlaric, Directrice du Musée Henri-Martin – © Droits Réservés

« Nous souhaitons que le public se sente chez lui au musée »

Rachel Amalric

Le musée rouvre ses portes après quatre années de travaux, pourquoi étaient-ils nécessaires et en quoi ont-ils consisté ? 

,Depuis la fin du XXᵉ siècle, le bâtiment qui accueillait le musée Henri-Martin avait vieilli. Certaines salles ont dû être fermées, on en a ouvert d’autres, mais finalement, seule une petite partie était accessible au public. Cet espace restreint ne permettait ni de bonnes conditions de conservation des œuvres, ni de bonnes conditions d’accueil. Les travaux étaient donc nécessaires. 

À cette situation, s’est ajoutée la découverte d’une très grande collection privée d’œuvres d’Henri Martin à Rennes. En 2012, lors de la vente publique, la Ville de Cahors a pu acquérir 17 toiles du peintre. C’est vraiment à partir de là que le nouveau projet scientifique et culturel du musée a pu se dessiner et être lancé avec deux axes majeurs : Henri Martin, et le territoire lotois. Les travaux ont commencé en 2018 mais, le musée a fermé fin 2015 pour préparer le chantier. Il a fallu vider entièrement le bâtiment et en profiter pour faire, ce que l’on appelle, un chantier de collection. Cela nous permet d’avoir une idée claire de l’état sanitaire des œuvres conservées et de voir quelles sont les restaurations nécessaires avant le ré-accrochage. De 2018, jusqu’à tout récemment, les travaux ont totalement changé le musée. Et, depuis la seconde moitié de 2021 la ville a pris possession du bâtiment pour les travaux de finition. Actuellement, nous accrochons les trois dernières œuvres.

Quels sont les nouveaux espaces muséographiques que vont découvrir les visiteurs ? 

D’abord, ils vont tout simplement découvrir le bâtiment ! Les visiteurs vont vraiment pouvoir aller partout, sauf dans la chapelle qui n’a pas encore été réhabilité et dans les espaces privés : les bureaux, les espaces de réserve. Nous souhaitons que le public prenne possession de ce nouveau bâtiment !  La perception du lieu et de son lien avec le parc a également changé. Le parc Tassart a été complètement réhabilité et ouvrira ses portes en même temps que le musée. Un grand travail a été effectué là aussi. Il a fallu relever un défi esthétique, car les parterres sont inspirés d’une œuvre d’Henri Martin. 
À travers les nouveaux espaces et l’architecture, nous avons essayé de rendre compte du côté traversant du bâtiment, situé entre cour et jardin. La notion de transparence fait ainsi partie de l’architecture. On se sent dehors dedans grâce à des espaces avec des immenses baies qui dominent le parc. Autre modification, l’aile nord qui a doublé et adopte désormais des lignes modernes, fuyantes, épurées. C’est dans ce nouvel espace que prennent place les fameux grands décors d’Henri Martin. Le musée est le seul à pouvoir présenter de façon permanente ces œuvres, ce qui est quand même assez exceptionnel ! On parle ici d’œuvres qui mesurent deux mètres par quatre, on est dans l’immensité ! Rappelons qu’Henri Martin était un peintre officiel qui créait des décors dans les plus grands édifices de France, à Toulouse ou à Paris, par exemple. Ce nouvel espace permet d’associer le parti pris architectural extrêmement contemporain, et de donner à voir une véritable tradition artistique française qu’ont été les grands décors institutionnels. Enfin, cette nouvelle salle du musée sera un véritable lieu de vie pour les visiteurs. Nous y avons ajouté des fauteuils pour qu’ils puissent s’asseoir, discuter et admirer la vue sur les jardins grâce à l’immense baie vitrée de neuf mètres qui donne sur le parc. Et puis, avoir l’espace nécessaire pour admirer, contempler, rêvasser, prendre son temps dans un musée. Nous avons vraiment axé les espaces sur le confort du visiteur. Nous souhaitions qu’il ne se sente pas assailli, qu’il ait suffisamment de nourriture esthétique et intellectuelle et qu’il ait envie de revenir. 
En résumé, les visiteurs vont découvrir un nouveau bâtiment, vont redécouvrir les collections et des œuvres qu’ils connaissent déjà, mais que nous avons restauré. En tout, 200 objets du fonds ont été concernés par la campagne de restauration. Et puis, les publics vont découvrir un troisième lieu où ils se sentiront chez eux, un lieu où ils auront envie de se promener, de passer du temps. Nous voulons qu’ils reprennent possession d’une richesse qui est la leur. Il est très important pour nous que le public se sente chez lui au musée. Ce lieu doit être celui des visiteurs. 

« Avoir l’espace nécessaire pour admirer, contempler, rêvasser… »

Rachel Amalric

De nouveaux espaces d’expositions temporaires et semi-permanents ont été ajoutés. En quoi consiste-t-il, qu’accueilleront-ils ? 

Désormais, le musée compte effectivement quatre salles d’expositions temporaires et la salle dite suspendue. C’est une sorte de boîte à l’intérieur de la grande salle où se trouvent les décors d’Henri Martin. Dans cette salle suspendue, nous présenterons les pépites de la collection. Vous imaginez bien que sur les 11 000 objets comptés par le fonds du musée, on ne peut en présenter qu’une petite partie ! Cette salle permettra de faire une rotation et qu’ils soient visibles pour les publics. Tous les deux ou trois ans, une nouvelle thématique permettra de mettre en avant de nouveaux objets. Pour l’ouverture, nous présenterons les œuvres de l’artiste lotoise Edmée Larnaudie (1911-2022).  Mais, ces expositions semi-permanente n’auront pas toujours la même forme, il pourra y avoir des présentations très différentes. 
Nous avons aussi un autre petit espace, pour lequel on travaille en collaboration avec la cellule d’archéologie préventive du Département du Lot. Celui-là nous permet de présenter avec eux l’actualité de l’archéologie.

« Portrait de ma soeur », E. Larnaudie
© A. Laudouar – Ville de Cahors

Tout un week-end de réouverture est prévu du 6 au 8 mai, que s’y passera-t-il ?

En réalité, la réouverture se prépare avec le public depuis des mois. Nous avons reçu en résidence les artistes Chantal Perret et Laurent Maciet qui ont œuvré à aller chercher les publics. D’abord, par des rencontres et ensuite à travers des ateliers. L’idée était d’organiser ensemble cette réouverture. Chantal Perret est une céramiste qui a toujours eu un petit faible pour la Vénus de Capdenac, conservée au musée de Cahors. Elle a fait le choix de proposer des ateliers de création de figurines en terre cuite. Pour la réouverture, plus de 800 figurines créées dans le cadre de ces ateliers seront présentées ! Nous aurons donc cette installation qui prendra place dans la salle à manger des évêques, sous forme d’offrandes à la Vénus. Avec Laurent Maciet, les participants aux ateliers ont créé des fleurs de papier, 4628 exactement, pour recréer de manière pixelisée une œuvre d’Henri Martin. Elle sera présentée au public dans l’espace des grands formats.
Ces projets, cette réouverture, sont préparés depuis des mois avec le public et permettent une autre approche du musée. Certains ateliers continuent, notamment celui de la chorégraphe Nora Turpault qui nous fait la joie de préparer une danse rituelle pour l’ouverture du musée. Il y a aussi de nombreux partenariats qui donneront lieu à des créations, à des propositions graphiques, physiques, esthétiques, plastique. Pour l’ouverture, le 6 mai, tout le monde se retrouvera à l’entrée des ateliers depuis lesquels le public remontera dans une déambulation festive jusqu’au musée. On coupera ensuite le cordon de fleurs du musée et à partir de là, ce sera la fête tous ensemble. Les visiteurs pourront se promener dans le musée et seront interpellés par de petits interludes, interventions proposées par une escouade de guides volontaires.
La fête continuera ensuite tout le week-end ! Le dimanche, il y aura notamment, à 14h, une conférence donnée par Hélène Guiot, grande spécialiste de l’Océanie, sur Rongo et l’Océanie. Il y aura aussi un petit peu de musique et à 18 h on refermera naturellement nos portes comme on le fera désormais chaque jour et, on l’espère, toujours.

Recueilli par Eva Gosselin

Programme du week-end de réouverture

Vendredi 6 mai

18h : départ de la déambulation
festive – Square Jouvenel à
Cahors (allées Fénelon)

19h : ouverture officielle des
portes du musée

Jusqu’à 23h : redécouverte
des collections, surprises et
divertissements.

Samedi 7 mai

11h : accueil des publics par
les partenaires

De 14h à 23h : flâneries libres,
ateliers créatifs et moments
partagés

Dimanche 8 mai 

De 14h à 18h : promenades contemplatives libres, intermèdes musicaux et ateliers créatifs pour enfants

14h : Conférence sur l’Océanie organisée par les Amis du musée.

Apportez votre repas !