Composée des peintures de Serge Vollin et des textes de l’historienne Fatima Besnaci-Lancou, Treize chibanis harkis est adaptée de l’ouvrage du même nom paru en 2006 aux éditions Tirésias. Un voyage au coeur d’une période sombre et douloureuse de l’Algérie porté par treize témoignages.

Ce sont ces derniers qui ont inspiré Serge Vollin pour ses toiles. Peintre pratiquant l’art brut, ses tableaux représentent des personnages sans bouche, ni oreilles, comme si le spectateur devait faire appel à son imaginaire pour saisir une émotion violente. Un art qui retranscrit les
épreuves vécues par ces déracinés dont la seule revendication n’est pas une réparation matérielle mais bien la quête de la vérité pour les générations futures. Azzedine, Hocine, Youssef, Lounes, Slimane, Saïd, Moussa, Ahmed, Lakhdar, Ali, Malek, Tayeb et Mohammed racontent leur expérience de la guerre, l’exil et la relégation dans les camps, notamment celui de Rivesaltes.

Un épisode de l’Histoire retracé par 13 voix 

Fuyant les violences à leur encontre en 1962, ce sont près de 90 000 harkis qui s’exilèrent d’Algérie vers la France. Près de la moitié seront recueillis par les militaires à leur arrivée sur le territoire français, et transiteront par des camps. Considérées comme « indésirables », ces familles seront traitées comme des « réfugiés » et non des « rapatriés ». Reléguées dans des camps, elles subiront le dénuement, l’oubli ou l’enferment. Une histoire que raconte l’historienne Fatima Besnaci-Lancou, spécialiste de la guerre d’Algérie. Auteure de plusieurs ouvrages de référence sur l’histoire des camps en France, elle recueille les témoignages de ces familles depuis le début des années 2000. Au gré de ses rencontres mûrit l’idée de partager ces histoires. Avec l’accord de treize harkis, elle rédige alors le livre qui donne aujourd’hui lieu à l’exposition.

« Maintenant que je suis très vieux, je repense tous les jours à mon pays. »

L’historienne explique le processus de ce travail : « Au début, je pensais retranscrire mot à mot leur récit. Devant la difficulté du mélange de langues, j’ai dû y renoncer pour lui donner la forme actuelle de rédaction, avec leur accord bien sûr. Certains ont accepté d’être reconnus en livrant leur vrai prénom, leur région d’origine en Algérie et leur localisation en France. Ahmed et Ali ont même proposé de publier leurs photos. Ce que nous avons fait dans l’ouvrage. Plusieurs d’entre eux ont préféré rester dans l’anonymat pour des raisons de sécurité, vraies ou imaginées. Ce besoin d’anonymat illustre combien le chemin à parcourir est encore long pour que l’histoire s’apaise enfin ! »

Parmi les témoignages à découvrir tout au long de l’exposition, celui de Lakdhar : « Maintenant que je suis très vieux, je repense tous les jours à mon pays. Tout me manque : les hauts palmiers qui me donnaient le vertige en levant la tête pour voir leurs crêtes, les champs de fèves au printemps, le vendeur de zlabia pendant le ramadan, les enfants aux vêtements colorés les jours de l’Aïd, le parfum des bougies le jour du Mouloud, l’appel à la prière et surtout mes amis d’enfance. »

L’exposition restera en place jusqu’au 31 janvier 2021.

Plus d’informations : memorialcamprivesaltes.eu