Pour sa dixième édition, la villa Datris quitte les matériaux sculpturaux que l’on dit nobles et se penche sur une problématique bien d’actualité : le recyclage des produits mis en général au rebut ou traités sous la forme de déchets. On ne compte pas les artistes qui, depuis Arman (poubelles) Tinguely (machines à moteur) et César (compressions) dans les années 60, ont permis à ces objets, le plus souvent laissés pour compte par la société de consommation, d’acquérir une seconde vie, une nouvelle jeunesse voire des lettres de noblesse.

Il faut dire que le regard porté sur nos déchets suscite diverses significations : outre un aspect novateur, en matière artistique, on y perçoit une dimension écologique et des inquiétudes ou investigations qui débordent largement le seul champ de l’esthétique. Cet été, de grands noms ont été mobilisés par Danièle Kacel Moscovici, qui montrent la diversité offerte par cette pratique du glanage, de la superposition et autre stratification des choses quotidiennes de la vie.

Certains travaillent le tableau en trois dimensions (C’est le cas des Moitiés d’animaux, de Bordalo II, ou d’Anselme Reyle), d’autres se sont aventurés du côté des matières organiques (Michel Blazy), de la pellicule à images, justement sur la question du Bonheur (la cinéaste d’origine sétoise : Agnès Varda).

Le plastique est à l’honneur chez Pascale Marthine Tayou, chez Anita Molinero et ses poubelles incendiées ou chez Claire Morgan qui fait d’un rat taxidermé le nouvel Atlas d’un monde chimique et artificiel. L’ordinateur n’est pas en reste grâce à la tenture de claviers de Moffat Takadiwa. Notre région est à l’honneur du fait de la présence de Daniel Dezeuze (armes de sa composition à partie de métaux et bois récupérés, objets de cueillettes) et de notre prolifique et omnipérésente Marie Havel, laquelle recourt au flocage dans ses dessins, aux matériaux synthétiques afin de reconstituer des ruines de blockhaus ayant marqué son enfance, ou d’élaborer des maquettes inquiétantes parfois.

Le duo Hippolyte Hentgen apporte sa rare élégance, sa finesse et fragilité, non dénuée de malice, à cette faculté d’associer des objets. La liste des sculpteurs invités est impressionnante puisqu’y figurent des références majeures telles que Jim Dine (l’homme qui a du cœur), John Chamberlain (acier plié, peint et chromé) ou Toni Cragg (compositions murales de plastiques colorés avant de passer à ces célèbres sculptures brunes, si suggestives) mais également quelques-uns des artistes qui se sont imposés sur le plan national voire au-delà : Wim Delvoye (cochons tatoués, cloaques), Tatiana Trouvé, Mathieu Mercier, Neil Beloufa, Etienne Bossut (bidons cabossés), Bernard Lamarche, des dizaines d’autres… Une œuvre résume à elle seule l’importance prise par les objets dans la vie de l’homme : cette sculpture d’hommes sans tête, de Daniel Firman, totalement en- vahie par une masse de ce que Pérec nommait, les choses…

Une diversité de pratiques sur le même thème montrant les immenses possibilités qui se sont offertes aux créateurs quant au rapport de l’homme avec les produits qu’il a parfois du mal à gérer. Les artistes proposent une voie…

A noter que parmi ces objets, plus ou moins quotidiens, passés du mode, les œuvres d’art résistent bien.

Une exposition à découvrir jusqu’au 1er novembre.

BTN

Plus d’informations : fondationvilladatris.fr