Dans le même village que l’aventureuse Grotte Chauvet, à quelques encablures de la frontière gardoise, la galerie du Bourdaric nous entraîne elle aussi dans de sacrés voyages. Il faut savoir que chaque exposition est mise en général en corrélation avec les livres d’artistes que publie régulièrement Renaud Vincent, fruit d’une rencontre entre un poète et un écrivain, dans la continuité des grands prédécesseurs du genre.

C’est une sorte de confrère qui démarre la saison, dans les circonstances que l’on sait, Thierry le Säec, lui-même poète du trait et s’appuyant sur un b.aba de formes simples, de couleurs limitées, d’effets systématiques de matière bref d’une économie de moyens que l’on associe justement à la poésie moderne qu’il pratique également. Ce breton autodidacte exposerait jusqu’en mai (et au-delà), et jette ainsi les bases du voyage lisible/visible auquel nous convie l’éditeur-galeriste. Son livre d’artiste sollicite en effet un autre breton d’origine, Loïc Le Groumellec, lequel a également travaillé avec Guillevic et François Cheng. Or ce dernier nous conduira jusqu’en juin dans les signes sinueux des cairns funéraires, période néolithique, avec son Retour à Gavrinis, cette île du Morbihan qui n’en finit pas de livrer ses mystères. Ceux qui connaissent l’œuvre sobre et sombre de l’artiste y retrouveront ses variations sur les mégalithes, les maisons et les croix qui réveillent un passé ancestral, préhistorique et historique.

La peinture se soutient aussi d’une quête des origines. Que l’on retrouvera aussi dans les collages du montpelliérain André-Pierre Arnal illustrant Nimrod, Tahar Ben Jelloun et surtout Pierre Bergougnioux – ce dernier autour d’une passion commune pour l’Afrique qui devrait nous mener jusqu’en août. Les arrachements d’André-Pierre Arnal recourent souvent à ces tonalités sombres qui ne peuvent que rappeler le continent noir et les œuvres singulières qu’il a produits, de tradition immémoriale. L’artiste d’Arcachon Max Partezana lui est associé en tant que frère cadet de la famille sacrée des artistes, évoluant dans une orientation similaire, davantage marquée par les matériaux de récupération et autres rites. Voyage ensuite, en fin de saison estivale et jusqu’à la mi-septembre dans les Lumières de l’Univers de la coréenne Bang Hai Ja, laquelle a réalisé des livres d’artistes avec François Cheng et Charles Juliet. Avec cette artiste qui vie en France depuis 60 ans, on est tout de suite dans une dimension à la fois cosmique, méditative et sacrée. En témoignent ces formes simples, articulées autour du cercle et de ses rayonnements solaires dans des tons apaisants. Sans doute aussi l’effet de la féminité par rapport à l’univers conquérant des hommes.

Enfin Michel Sima resuscite, grâce à la dextérité technique de son compagnon de route Jean-Luc Meissonnier. Il nous conduit dans l’intimité des grands artistes, par l’intermédiaire de leur portrait qu’il s’agisse de Picabia, Matisse, Zadkine ou Germaine Richier. Une autre époque et un autre monde qui se prolongera, on l’espère, jusqu’à Toussaint. Avec à chaque fois ce mariage audacieux mais fécond entre arts plastiques et poésie. En l’occurrence, Charles Juliet et notre néo-montpelliérain James Sacré illustreront ses images.

BTN

Plus d’informations : galeriedubourdaric.jimdo.com