Democracy in America*****

15 juin : deuxième spectacle au Théâtre Jean-Claude Carrière, deuxième émerveillement sans réserve. Après une chambre en Inde d’Ariane Mnouchkine, dans une esthétique totalement opposée, Democracy in America***** de Romeo Castellucci a comblé la spectatrice curieuse que je suis.   Ayant raté Go down Moses l’année dernière je suis arrivée sans repaire à cette nouvelle création ; un peu rétissante, encore un spectacle politique, encore un discours sur le populisme. Dès la première scène j’ai été hypnotisée, happée par et dans le spectacle. Sous mes yeux un ballet étonnant de danseuses en uniforme blanc à galons dorés, dont les drapeaux se déploient pour écrire Democracy in America et tous ses dérivés selon les déplacements. Le titre est inspiré par l’ouvrage d’Alexis Tocqueville, De la démocratie en Amérique. Romeo Castelluci s’est appuyé sur ce livre pour construire son œuvre, comme une source historique à son propos.  Quelques rares citations, quelques dates essentielles de l’histoire des Etats-Unis. La démocratie américaine tourne le dos à celle d’Athènes. Une succession de tableaux composent ce spectacle total.  Dès la scène, sur un plateau nu, des paysans à qui il ne reste comme nourriture que des patates pourries, elle vole pour nourrir ses enfants, son mari la sermonne, il ne doit pas voler, c’est interdit.  La question du puritanisme, un des fondements de la démocratie américaine est posée. S’en suit un autre tableau, la femme nue, torturée pour vol, derrière un voile de lumière diaphane, sous les yeux des danseuses en longues robes rouges évoquant des inquisiteurs ou le Ku Klux Klan.  Castellucci chorégraphie ses spectacles, ici douze danseuses associées à six comédiennes. On découvre à la fin l’absence d’homme. Juste retour, autrefois les femmes ne montaient pas sur scène.  Autre élément la musique, omni présente, originale ou inspirée de la tradition chrétienne ou folklorique. Celle des ouvriers negro spiritual.  Seul élément de décor un frise grecque imposante, symbole des bâtisseurs du nouveau monde des siècles et des siècles plus tard ; l’envers du décor forme caverne ocre-rouge où se réfugient deux Indiens, condamnés à apprendre l’anglais. Les martyrs de cette démocratie. Un tableau qui prend aux tripes.  La langue, l’anglais et la glossolalie (du grec ancien γλῶσσα / glỗssa, « langue » et λαλέω / laléô, « parler ») un métissage de mots et de syllabes incompréhensibles, très présente dans les prières à hautes voix, un autre élément capital dans le fondement de la démocratie et de ce spectacle. Le côté mystérieux de la glossolalie, souligne le sacré du rituel.  Democracy in America peut être vu comme une sorte d’oratorio politique, une cérémonie avec ses rites et ses chants. La tragédie comme double nécessaire de la politique, tel est le sens de Democraty in America Un spectacle qui vous absorbe, vous transporte, très haut et qui demande un effort pour revenir sur terre. Une tournée est prévue au Nord de la France cet automne, mais dès le 30 juin au 2 juillet à Epidaure, berceau de la tragédie !!!.
MCH. A suivre