Le plus hollandais de nos artistes régionaux (et bien au-delà), Tjeerd Alkema, dans le lieu d’art le plus hollandais de la riche scène occitane (et plus, bien évidemment). Le L.A.C., qui possède de surcroît depuis fort longtemps une œuvre de l’artiste, était donc tout désigné pour accueillir cet artiste à la production diverse (photos dans la continuité de son compatriote Jan Dibbets, vidéos très expérimentales, dessins avec étude de perspective, et bien sûr sculpture…) auquel le Frac consacre une publication tardive, restrictive, mais méritée.

D’autant que le L.A.C. se caractérise par l’amplitude de son espace d’accueil qui favorise les œuvres monumentales ou imposantes (je pense à Spescha, à Bob Morris, excusez du peu…). Ce sont donc les œuvres en anamorphose qui ont été principalement retenues, à l’intérieur ou en extérieur, d’abord parce qu’elles constituent l’essentiel de la production de l’artiste depuis plus de quarante bonnes années. Ensuite parce qu’elles finissent par constituer son image de marque, celle à laquelle on associe son nom. Enfin parce qu’elles semblent comme l’aboutissement de sa quête, laquelle se caractérise selon moi par trois aspects : introduire l’idée de mouvement dans une entité par essence statique, la sculpture ; solliciter la participation active et nécessaire du spectateur habituellement relégué dans une attitude contemplative ; introduire un tantinet d’humour dans une activité supposée sérieuse et grave. L’anamorphose oblige le visiteur à tourner autour de l’œuvre, ce qui lui permet d’en apprécier les différentes faces (la sculpture chez Alkema se fait désirer : on lui tourne autour) dans le but de repérer le point idéal à partir duquel se donne à voir la forme parfaite, à savoir géométrique. En général un carré, un cercle ou un ovale, un polyèdre, une torsion, mais l’artiste a toujours cherché à innover…

Le matériau est moderne et urbain, plâtre ou ciment, métal ou bois usiné, c’est-à-dire emprunté à l’architecture moderne, qu’il détourne comme pour lui permettre de s’émanciper et d’adopter de nouvelles formes. De plus, ce que l’on voit, à un moment précis de notre parcours, va se modifier au fur et à mesure que nous nous déplaçons (chacun en a pu en faire l’expérience en montagne). Alkema nous donne alors une « drôle » de leçon de relativité et de défiance envers les sens, la perception usuelle, à une époque où chacun croit détenir une vérité unique et indubitable. Toujours est-il que chacune des anamorphoses d’Alkema, disposées tout au long du parcours, se présente tel un jeu et un jeu suppose des règles, quelqu’un pour les élaborer. Ainsi, il faut imaginer le long processus d’engendrement de ces formes qui ne se laissent pas dompter facilement et réclament un nombre impressionnant d’études préalables. C’est ce dont rendent compte les dessins, alignés le long des murs, qui n’excluent pas la couleur, et qui sont à considérer également pour leurs qualités plastiques propres.

BTN

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