Notre île singulière ne serait plus la même sans l’existence de ce musée voué aux arts populaires et modestes qui, petit à petit, enrichit et décale l’art tout court et I’histoire de l’art en général. II faut donc saluer les 20 ans du Miam et l’intuition bien avisée de ses deux créateurs, Hervé Di Rosa (toujours actif et qui a réalisé cette formidable affiche en forme de carte du tendre pour fêter Forever Miam) et Bernard Belluc (et ses fameuses vitrines d’objets entassés de notre passé récent, à |’étage). 

Passé le hall et le couloir d’entrée, avec les 4 grandes lettres du mot Miam en meuble boisé, garnies de références aux quelques 45 expos proposées en deux décennies révolues, on accède aux salles du rez-de-chaussée et du premier étage, pour s’immerger dans les délices de la psyché, traduisez les Psychédélices sous forme de réhabilitation du mouvement Psychédélique et ses rapports plus ou moins proches avec le LSD (une œuvre de la voyageuse Brigitte Delpech rend justement hommage à Lucy in the sky with diamonds). Pascal Saumade et Barnabé Mons ont ainsi rassemblé bon nombre d’œuvres apparentées a cette tendance, contemporaine de la beat génération (d’où maints documents des photographes Francois Lagarde et d’’Harold Chapman), la présence d’un artiste et écrivain explorateur de |’espace du dedans comme Henri Michaux, ou la proximité des expériences du op’art dans une formidable installation de Julio Le Parc. 

On se replonge dans les années 60 avec la Dreamachine de Bryon Gysin, co-inventeur du cut-up, mais aussi dans les marges du surréalisme avec Le Grand jeu (Gilbert-Lecomte) peint par Joseph Sima, ou encore dans |’œuvre culte et à paillettes de Robert Malaval, à deux pas de trois somptueux et récents Combas : celui-ci a connu cette génération et ses pochettes, magiques, de disques que l’on s’arrache a prix d’or aujourd’hui. Car c’est ce qui frappe dans ces activités qui auront marqué les années 60, et les commissaires en ont bien eu conscience, leur caractère somptueux, riches en formes et couleurs, autant dire hallucinés, avec une prédilection pour les grandes épreuves et richesses de l’esprit mises en œuvre. La genèse du mot est évoquée par la présence d’Humphrey Osmond, à l’origine de I’usage scientifique des psychotropes.

Frédéric Périmon, habituellement peintre, a de son côté malicieusement conçu un modèle de laboratoire très subtil à partir de flacons, lumières électriques et genèse de bulles. On notera la présence d’artistes du cru tel André Cervera qui rend hommage a David Lynch ou a Eisenstein, ou encore de Cosentino et ses petits objets rutilants, évoquant une fumerie d’opium, enfin celle de I’allemande d’Elke Daemmrich dont les toiles, inspirées de la nature, paraissent visionnaires et dynamiques, bien dans |’exploration de la psyché. La présence de |’américain, adopté par la région, Mark Willis est une surprise, dans un accrochage surchargé qui cadre bien avec I’esprit de cette tendance. A l’étage, on peut se familiariser avec l’œuvre de Serge X, qui résume a lui tout seul le psychédélisme à la française, mais aussi d’un artiste découvert par le surréalisme, Charles Duits et ses portraits idéalisés, tandis qu’un Cueco nous replonge, avec ses hommes rouges, dans !’univers de la figuration narrative. 

Beaucoup d’anonymes aussi et de figures discrètes, de références a la BD, de vidéos, un light show, les tirs au Bazooka de Kiki Picasso, la présence de Christophe Vilar et des vitrines complètent cette exposition d’une incroyable richesse et qui montre, une fois encore, que l’on ne saurait enfermer les artistes et leurs créations, dans des catégories trop rigoureuses, n’en déplaisent aux universitaires. Chacune et chacun sont aux carrefours de diverses influences tout en se révélant, dans le meilleur des cas, et souvent à leur insu, des tremplins. 

Une exposition a la scénographie soignée, qui procure du plaisir tout en appelant à la méditation. En nous replongeant dans un passé où |’utopie semblait si proche… On en est bien loin, aujourd’hui hélas…

Ne pas oublier en partant, de se procurer le vinyle de Pascal Comelade (et Cie), illustré par Di Rosa et son Hymne roboratif au Miam. Un bijou sonore et plastique.

BTN

Plus d’informations : miam.org