Du 15 décembre au 28 novembre, l’exposition itinérante Les couleurs de la lumière. Abstractions utopiques fait escale au Réservoir à Sète. Un accrochage émanant de la recherche de cinq artistes qui partira notamment à Washington. 

Pour honorer ce grand coloriste que fut Mark Rothko, et maitre sublime de l’histoire de |’art, les commissaires de l’association Art Architecture et territoire ont retenu quatre hommes et une femme : un praticien d’une peinture obsessionnelle et réglée comme du papier à musique, Pascal Fancony, |’enfant du pays, également co-commissaire ; un praticien du volume léger, aérien, discret et transparent, en lequel le japonais On Sagawa est devenu maitre ; une utilisatrice d’images et objets, à |’instar de l’américaine Julie Wolfe, capable de s’attaquer aussi bien au sol à la manière de Carl André qu’à des sculptures murales en particulier cet empilement de livres présentés par la tranche colorée ; un photographe porté sur la vidéo de grande échelle en la personne de son compatriote Anton Ginsburg ; enfin un adepte de |’impression numérique, le belge Yves Ullens, lequel s’inspire de la réalité urbaine pour réaliser ses diverses présentations abstraites. Ceci dit, Fancony ne dédaigne pas les vertus du néon, en |’occurrence allongé dans sa verticalité ; Julie Wolfe recourt volontiers à l’image puisqu’elle met en exergue, une série d’yeux dessinés de façon assez réaliste en noir et blanc mais tachés de couleurs et qui ont toutes les apparences de dessins sur papier (après tout que seraient la couleur, la lumière sans les yeux, sans un regard ?) ; Ginsburg passe de modulations abstraites sollicitant les couleurs a des paysages de grottes ou arbres, le tout faisant appel a une indispensable musique (de Michael Pisaro) ; Ullens alterne de grandes plages lorgnant sinon vers le monochrome du moins vers |’unicité à des variations sur des thèmes géométriques le rapprochant de I’art optique…

Manifestement les artistes ont retenu plusieurs leçons du grand Rothko, qu’ils ne cherchent pas à plagier mais à singulariser chacun dans sa pratique personnelle : le caractère méditatif (c’est surtout vrai dans les toiles où Fancony, par couches successives fait monter la couleur ou dans le rendu flouté des impressions d’Ullens mais aussi dans les ciels et nuages colorés de Julie Wolfe), le caractère flottant des couleurs (dans les formes géométriques inscrites dans les petites structures modulaires et synthétiques de Go Sawara, ou vient s’inscrire une encre numérique en trompe |’oeil), le délicat passage de l’une a l’autre en particulier dans la vidéo UItraviolet de Ginsburg.

Tout cela s’harmonise, dans les quatre pièces de l’ancien Évêché d’Uzès (qui accueillait précédemment l’exposition) qui jouxtent le musée et réservées aux expositions temporaires, et fonctionne comme une plage de repos entre deux confrontations externes à une réalité plus lourde. Il est intéressant de constater que l’esprit de Rothko se marie tout à fait avec les techniques plus modernes et parfois paradoxales. En fait, seul Fancony demeure fidèle à la peinture sur support traditionnel ainsi qu’à la couleur dans sa matérialité pigmentaire, à laquelle il associe très souvent la géométrie. Il faut bien un contenant ou des contours a l’impalpable. L’artiste privilégie les primaires, les supports divers et une surface se prêtant a de multiples variations. Ses oeuvres ou installations se veulent métaphysiques, et de la sorte plus proches de cet art abstrait, exigeant, rigoureux qui caractérise les années 50-60 en Amérique et qui fait référence encore aujourd’hui.

Chez Rothko, cet art se doublait d’une dimension d’ordre spirituel que recherche et ne renie pas l’artiste, et qui complète sa science, ou plutôt sa physique, de la couleur. La couleur c’est-à-dire la lumière. La couleur de la lumière. Ainsi, après une étape en septembre à Uzès, et un démarrage au Centre Letton, cette exposition d’Abstractions utopiques fait-elle escale à Sète, où sa pureté tranchera avec les images des oeuvres habituellement exposées au Réservoir. Michel Butor l’avait déjà écrit. Ce sera un peu comme une mosquée au sein d’une ville pleine d’animation et de bruit.

BTN

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