En sollicitant trente artistes « sérigraphes » sétois pour la circonstance, l’Espace Georges Brassens fête dignement ses 30 ans, ce que nous rappelle une estampe d’Alain Zarouati, où l’on voit un couple adamite y faire escale, muni d’une indispensable guitare.

Chacun fournit, en effet, une vision sérigraphique de son rapport au chanteur : de Pierre François, aujourd’hui décédé, aux graffeurs de la nouvelle génération (Maye, Tony Bosc, Depose) et C215 (en artiste invité, admirateur du poète) en passant par les ténors de la figuration libre (dont Combas, qui a déjà pas mal œuvré sur ce thème) ou tous les Sétois d’adoption (dont Jean-Luc Parant) certains ouvrant une porte sur l’international (Anna Novika Sobierajski qui le métamorphose en jeune des banlieues au cœur tendre, ou Eve Laroche-Joubert qui reconstitue le jardin d’Eden autour du célèbre Gorille et autres animaux, si affinités).

La plupart ont choisi le portrait en gros plan, de face ou de profil, sur fond plus ou moins dépouillé, parfois rehaussé de lignes ondulées (à la manière d’un halo, ou d’une aura) ou au contraire extrêmement complexe, au point que s’y dissout parfois la figure (Duran). Chacun s’approprie le visage si caractéristique de l’artiste rebelle. On le transforme en punk (Mancione), en disque solaire rayonnant (Di Rosa), Hugues Chargnot le voit en outlaw « libre d’être et de pensée » ; on l’imagine entouré de têtes de chats (Laura Della-Flora) ; on le réduit à un regard, noir, quasiment à une tache, à partir de laquelle l’esprit peut vagabonder (tel un spectre de Rorschach-Dombres). Lucie Lith le façonne, au pochoir, grâce à des mots qui collent au personnage. Combas, à son accoutumée, a dynamisé le fond en cloisonnant la surface : on repère alors aisément des allusions aux textes, au chat de Margot ou à la cane de Jeanne. Un couple d’artistes, Amon et Alice, décale son légendaire profil en bas, à gauche du tableau, contemplant un disque solaire et les signes du zodiaque, ceux de Brassens lui-même, dans le coin droit…

Pour en revenir à nos 30 et quelques artistes, d’autres prennent un peu de recul et l’imaginent, guitare à la main, sur scène à l’instar d’un autre invité surprise (avec C215) CharlElie Couture. Topolino se déchaîne : prêtant à l’instrument un foisonnement de manches (comme si la guitare s’animait, se faisait électrique, devenait prolixe…) ; Pierre François imaginait jadis la tête (de guitare) métamorphosée en tête fantastique (de l’artiste) ; Cervera allège le corps, pourtant corpulent du chanteur, incliné à la manière d’une danse orientale. On l’imagine accompagné de sa Muse, la femme nue de ses rêves, sujet omniprésent dans son répertoire (ce dont témoigne J.J. François). Ou fumant dans l’ombre son éternelle pipe, tout en optant pour la modeste chanson plutôt que pour une philo trop cérébrale (Laou) ; Karine Barrandon, préfère le représenter en lévitation, à la manière d’un ange déployant ses ailes protectrices, ou nous surveillant avec bienveillance. Lhermet se concentre plutôt sur certains objets emblématiques, dont il sature la surface, et se limite à une simple allusion stylisée du visage, à la manière d’une estampille.

Mais Brassens n’est pas seulement une image ou si l’on préfère une icône. Il est avant tout un magicien des mots, un auteur de chansons ciselées à la manière d’un orfèvre. Bien des artistes ont choisi de faire des références à celles qui résument le mieux l’apport décisif du Sétois d’origine à la culture française en général. Ici, c’est la Supplique, là, c’est Les copains d’abord (En fait Un copain d’abord ! nous précise Clôdius, du côté du bar)…

BTN

Les artistes (liste non exhaustive) sont à ce jour : Amonalis, Barrandon, A. Biascamano, T. Bosc, Cazzani, A. Cervera, Chagniot, Clôdius, R. Combas, C. Cosentino, Della Flora, Dépose, H. Di Rosa, Dombres, M. Duran, J.-J. François, P. François, Jouanno, Laou, E. Laroche-Joubert, M. Lhermet, L. Mancione, Maye, A. Novika, J.-L. Parant, Lith, Réka, Rosello, Topolino, Zarouati.
Les artistes invités (hors Sète) : C215, CharlElie Couture et d’autres…

À découvrir du 25 juin au 30 décembre à l’Espace Brassens à Sète. Plus d’informations : espace-brassens.fr