Sélection du Off d’Avignon par Luis Armengol

Meilleurs Alliés

Meilleurs alliés

Nous sommes le 4 juin 1944, Churchill s’entretient avec De Gaulle pour l’informer du débarquement imminent des troupes alliées en Normandie. Le général est furibard, il se sent tenu à l’écart de la bataille de France et ne décolère pas. Les deux hommes s’affrontent, sans concession l’un et l’autre, on s’emporte, on se met au défi, on se menace, les murs tremblent. Deux bêtes politiques se font face. De Gaulle entend rester maître chez lui pour décider du sort de son pays, alors que l’Anglais ne
voit en lui qu’un simple pion, plutôt gênant, sur le grand échiquier de la stratégie anglo-américaine.
On est dans les coulisses de l’histoire qu’éclaire le texte d’Hervé Bentégeat, émaillé de petites phrases qui sont autant de perles. Churchill à De Gaulle : “Les Français veulent des héros, mais ils ne
jurent que par l’égalité”. De Gaulle : “Je n’estime que ceux qui résistent mais malheureusement, je ne les supporte pas”. C’est comme ça tout au long d’un spectacle où les répliques les plus brillantes volent
d’un camp à l’autre comme une balle de ping-pong. La mise en scène sobre, sur fond de carte d’état major, est au service du jeu des comédiens qui vaut à lui seul le débarquement du public. Pascal Racan
campe un De Gaulle plus vrai que nature, muré derrière un orgueil aristocratique, incarnant une haute idée de la France et de lui-même, Michel de Warzée est un Churchill intraitable aux coups de gueule et aux coups à boire impressionnants. Une belle performance d’acteurs au service d’un texte intelligent qui nous dévoile quelques pans de la petite histoire dans la grande.
Au 3 Soleils à 18h40 jusqu’au 30 juillet. Tél : 0490882733

Radieuse Vermine ©Jessica Forde_19.jpg


Radieuse Vermine

On leur donnerait le bon Dieu sans confession. Et une propriété sans concession. Olive et Fleur forment un jeune couple adorable auquel une étrange commerciale immobilière propose un drôle de marché. Elle leur offre leur maison de rêve, à charge pour eux d’assurer les transformations nécessaires pour qu’elle le devienne vraiment. Le conte de fées vire à la comédie noire quand les deux heureux propriétaires se
rendent compte que les travaux en question s’effectuent comme par un coup de baguette magique, en l’occurrence un bâton électrique qui leur sert à électrocuter des victimes de plus en plus nombreuses. Et hop ! un mort pour la nouvelle salle de bains, puis un autre pour le salon, et puis, tiens, deux pour le prix d’un garage, et puis…Dans la veine du meilleur humour british, noir, grinçant et bien serré, cette comédie de Philip Ridley est une satire provocante des travers d’une société en crise où les repères moraux s’effacent devant les ambitions individuelles et les désirs consuméristes. On troque ici le prêt à tuer contre le prêt à porter et le prêt à habiter. “Radieuse Vermine” envoie certes le bouchon un peu loin, au carrefour de la fable absurde et du conte fantastique, et on décroche un peu parfois devant l’excès. Mais le couple de comédiens, Joséphine Berry et Louis Bernard, tous deux excellents, parvient à faire durer le plaisir jusqu’au bout de cette spirale infernale qui finit par ressembler à un pacte faustien.
Au Chêne Noir à 20h45 jusqu’au 30 juillet. Tel : 0490867487

Débrayage

Sans doute le texte le plus joué de Rémi De Vos, “Débrayage” garde au fil des ans toute la violence de sa charge contre les rapports hiérarchiques dans le monde du travail. Il y a ces postulants à un
emploi dans un parc d’attractions, leur entretien d’embauche volontairement avilissant, ce cadre sous pression qui annonce à sa femme qu’ils ne partiront pas en vacances car il risque de faire partie d’une
nouvelle charrette de licenciements, une employée qui finit par insulter son supérieur qui la harcèle pour ses horaires de pointage, cet homme encore au bord de la paranoïa,  prêt à se dénoncer à sa direction pour mettre fin à l’ostracisme dont il se sent victime.Derrière l’humour du texte, on sent la violence des rapports, la souffrance de ces hommes et de ces femmes minés par la peur du déclassement. On rit, certes, à cette fable contemporaine, récit ordinaire de situations tout aussi ordinaires que le commun des mortels traversent dans leur univers professionnels. Ce rire n’est pourtant que la réponse exaspérée à la violence des rapports (in)humains que la mise en scène souligne avec brio. Gros plan d’une bouche projetée sur écran qui dicte des ordres, commande et menace, voix off insistantes, mécaniques, musique live qui ponctue les situations, panneaux que l’on déplace au gré des scènes pour changer de décor comme on enchaîne les entretiens d’embauche. L’univers de “Débrayage” monté par la Compagnie
de l’Astrolabe dépasse la simple chronique salariale – non, le travail ce n’est pas la santé – et dénonce avec une cruauté salutaire et joyeuse un monde où Big Brother guette au bout du couloir, en costume de petit chef, pour appliquer les règles d’un système broyeur de vies.
A L’Entrepôt à 15h25 jusqu’au 30 juillet. Tél : 0490863037

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