L’animal est pour l’homme l’autre par excellence. Montaigne déjà, dans son apologie de Raymond Sebond, montrait combien il nous est infiniment supérieur sur bien des points dont nous nous enorgueillissons pourtant. L’être que l’on dit humain entretient des relations équivoques avec lui : il prétend l’aimer mais il l’exploite, le modèle et s’en sustente sans vergogne. Les artistes ont toujours été fascinés par lui et d’autant plus aujourd’hui où il est mis en danger, notamment dans son existence sauvage et c’est justement le titre de cette exposition.

L’animal, tel que le perçoivent les artistes, sera donc un trait d’union entre d’une part les domaines de la tradition qui sont représentés dans le musée cévenol d’un petit village gardois, de l’autre de la fine fleur de l’art contemporain qu’incarnent les six artistes invités.

Le public sera en effet familiarisé avec de nouvelles tendances quelque peu décriées mais bien de notre temps par le biais de la représentation particulière qu’en donnent en l’occurrence les artistes. Pour le musée cévenol, dans le parcours didactique conçu pour petits et grands, des espèces attendues ont été introduites par les artistes conviés : le loup, le renard, le sanglier, le cerf, les oiseaux et d’autres que l’on attendait moins : la chauve-souris, les papillons, le hibou.

La sculpture, l’installation et la vidéo ont été préférées à la peinture, sans doute parce que l’on associe ce style de musée à des objets ou à des images documentaires. Roland Cognet a ainsi modelé un couple familial de loups en bronze ainsi qu’un loup dormant en bois. Cet animal est sans doute celui qui aura le plus fasciné l’homme et ses contes, l’enfant et ses angoisses. Rappelons-nous l’Homme analysé par Freud, aux origines de la psychanalyse et de tout ce qu’elle a apporté de connaissances sur la vie intérieure. Il a ses rites mystérieux et semble égaré, errant dans un espace que l’on veut bien lui maintenir, avec prudence et résistances.

Le Nîmois Rodolphe Huguet exhibe les culs de la forêt par le biais de ces arrière-trains de cerfs ou de sangliers, qu’il présente tels des trophées ironiques, pied de nez pas forcément gentils pour les vaniteux chasseurs qui ne luttent plus à armes égales. Fidèle à son habitude il combine des éléments inattendus tel ce nid d’hirondelles qui s’associe si bien à une aile… de voiture. On ne saurait mieux montrer la disproportion entre la fragilité de la nature et le caractère hégémonique de l’humain et de ses inventions. Ou ces deux cages imbriquées, on ne sait trop pour quel usage, sans doute inutilisables dans le réel mais sujettes à réflexion en art.

Clara Perreaut dispose en cercle stellaire, au mur, des canons de fusils multicolores et recourt à des renards pour reproduire un canapé Louis XV sacrifiant l’animal au supposé bon goût d’une époque. On sait combien leur fourrure furent appréciées par les élégantes d’antan. Delphine Gigoux-Martin recourt à la taxidermie comme dans cette installation où un renard regarde les arbres qui semblent avoir poussé sur son corps. Cette osmose exprime l’approche poétique de cette artiste très sensible à la cause animale, ce qu’elle prouve en ce dessin animé mural où un jeune cervidé, paraissant sortir du mur, cherche à éviter une flèche fatale.

Bertrand Gadenne projette des images de papillons sur le corps des visiteurs tout en nous initiant à la quiétude du calme hibou dans une vidéo sans trop de mouvement pour une fois. Enfin Bernard Pourrière a choisi l’installation sonore à partir d’une cage à oiseaux assorties d’impressions numériques. Il invente de nouveaux sons en mixant les naturels, qu’il fait basculer dans l’artifice. Bref, de quoi s’étonner, au-delà de l’instruction, de la lucidité offensive des créateurs qui prennent artistiquement le parti de la cause animale.

BTN

Plus d’informations : maisonrouge-musee.fr