Rencontres internationales de l’art construit (RIAC) au Château de Castanet jusqu’au 31 août

ESTHER EDOUARD

Aujourd’hui où l’art contemporain évolue dans diverses directions, nous avons forcément besoin de repères, notamment en ces années où l’on célèbre le centenaire de la naissance de l’incontournable école du Bauhaus certes, et en généralisant, le passage à l’abstraction des grands noms de l’entre-deux guerres : Malévich, Mondrian, Kandisnky et Delaunay. La géométrie aura joué, de son côté, un rôle essentiel dans l’évolution des courants picturaux et sculpturaux, de cette époque fondatrice à nos jours ainsi que le prouvent des mouvements tels que De Stijl, le op’art (Vasarely), évidemment l’art minimal (Sol Lewitt, Robert Morris…), jusqu’à ce que l’on appelle aujourd’hui l’art concret ou construit et qui met en exergue la perception visuelle. Dans une civilisation saturée d’images, de technique et de prouesses technologiques, on a souvent envie de se ressourcer aux fondamentaux que sont la forme et la couleur, vecteurs d’expériences perceptives, et tout ce qu’il est permis de faire avec, par suggestion, par contraste, par vibration, par recherche d’un essor dynamique ou d’un rapport d’équilibre…

La manifestation, orchestrée par l’association Art, Architecture et Territoire, s’est fixé deux rendez-vous, en fait deux RIAC : l’un aux confins du Gard et de la Lozère, du côté du lac de Villefort, au château du Castanet (XVIème), jusqu’à la fin août, avec parcours itinérant de sculptures dans la Nature à Altier, toujours en Lozère ; l’autre dans l’Uzège (Ancien évêché et Mas des Oules), plus proche du siège de l’association, au début de l’automne. 20 artistes, femmes ou hommes, français ou étrangers, peintres ou sculpteurs, émergents ou reconnus, ont été recensés pour la plupart dans toute l’Occitanie afin de proposer aperçu représentatif de ce qui se produit, obstinément et inlassablement, en matière d’art construit, sur une surface plane, un volume simple ou dans le rapport à l’espace environnant. 20 artistes suffisamment variés pour ne jamais engendrer un sentiment de monotonie.

Côté pictural, on sera sensible à la répétition systématique et rigoureuse des formes gigognes conçues par Georges Ayats, aux petits ronds de papier coloré, répartis en étoile et avec élégance, sur le mur, par la jeune Laurie Gicquel, ou aux imbrications de figures colorées sur la surface même de la toile orchestrée par Jérôme Dupin. Pascal Fancony, l’organisateur de ces rencontres, excelle dans les combinatoires de couleurs sur grilles, trames, nuanciers, échelles proposant ainsi une expérience d’une rare intensité et qui finit par s’avérer transcendante, tant elle nous force à abstraire tout ce qui nous vient du réel pour nous concentrer sur les phénomènes lumineux et numériques (au sens premier du terme). Delnau, en faisant flotter la forme, suscite de discrets trompe l’oeil tandis que Valérie Voillet n’hésite pas à faire évoluer son imposante toile libre sur le sol, tout en dynamisant la surface par un jeu subtil de déséquilibre bichrome. Arnulf Letto se limite aux creux et reliefs de lumière qui fouillent les mystères du blanc et de ses nuances jusqu’au gris, Roland Orepuk fait confiance aux vertus du jaune, tandis que Ruth Weschlin obtient une sorte de paysagéité abstraite en combinant deux couleurs et Philippe Chittarini un subtil accord de nuance dans ses séries monochromes. Enfin Esther Edouard articule sa recherche autour de motifs symétriques, souvent cruciformes, en diagonales dans les tons bleus, à la fois dynamiques et apaisants…

Côté sculpteurs, où la problématique forme/couleur se double d’une problématique plus importante encore de l’espace, certains ont choisi la forme totem en expansion (en acier, José Aguirre), ou la stèle (quasi ludique, chez Père Belles, en rouge et blanc, et qui semble inspirée de la signalétique urbaine), d’autres le jeu de lignes fines et brisées qui s’articulent, dans l’espace (Chantal Atelin), le bouquet de formes élégantes et courbes chez Dominique Coutelle. On appréciera les jeux de torsions, quasi anthropomorphes, ponctués d’une couleur (dans le Baiser de Christian Armandy, l’entrecroisements rigoureux de formes irrégulières évidées (Hermann Gunther), les petits parallélépipèdes en déséquilibre (Daniel Tostivint) ou traités avec simplicité et monochromie Chez Bernard Didelle, les formes métalliques qui semblent danser dans l’espace, dédoublé par la géométrie des volumes, inachevées chez Sébastien Zanello. De quoi se familiariser avec une type d’art qui ne cache en outre pas sa proximité avec l’architecture, et qui, à partir de quelques principes simples, mais universels obtient un maximum d’effets , méritant alors sa place essentielle dans les diverses tendances de l’art d’aujourd’hui.

BTN

Jusqu’au 31 août au Château de Castanet à Pourcharesses (48). Tél. 06 61 56 05 69.

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