Trois bonnes raisons de s’arrêter, jusqu’au 18 septembre, du côté de Quarante, à mi-chemin entre Narbonne et Béziers, où le peintre Adrien Belgrand vient de terminer une résidence, précisément au Centre d’arts et du Patrimoine du Domaine de Roueïre, on se sent vraiment en région occitane.

Tout d’abord, la restitution de cette résidence avec la série des dessins au feutre, aquarelles et impressions numériques qu’il a collectées dans un parcours qui va de Cessenon-sur-Orb à Montouliers ou de Poilhes à Babeau-Bouldoux, en passant par la capitale viticole de Saint-Chinian, Capestang ou Puisserguier. Ainsi une rivière ici, et un bout de canal là, un sentier aux mille pierres, une église, ou encore une collégiale, une abbaye, la nature et la culture, une éolienne un peu plus loin qui combine un peu des deux, ont retenu l’intérêt de l’artiste – et une vigne, un pont, une carrière ou le domaine lui-même. Le point de vue est souvent éloigné, en plan large, ce qui contraste avec la modestie des formats intimistes, ceux du chroniqueur prenant des notes, du voyageur s’arrêtant sur un moment de contemplation privilégié.

On a tellement besoin de nature et de paysage. Quand ceux-ci n’existeront plus, qu’adviendra-t-il de nous ?  On a besoin du regard d’un peintre sur des panoramas encore possibles (même si la forêt est perçue à travers l’écran d’un pare-brise. Le peintre se veut de son temps). Ensuite, la production plus ambitieuse et personnelle du peintre et qui brasse diverses époques : on y repère un tunnel sur l’autoroute, une scène de la vie privée impliquant des amis (l’un lisant, l’autre sur ordinateur : tout un programme !), une image du désert, une allusion à une ironique cité radieuse…

La vocation du peintre s’est décidée aux USA de sorte que les images qu’il en a rapportées, et la peinture figurative américaine, ont eu une influence décisive sur Belgrand. Trois grands formats retiennent l’attention : il s’agit de paysages qui sont autant de points de vue pour deux sur des lacs, dont les connotations romantiques et avec elles notre relation actuelle à la nature, n’échapperont à personne, avec introduction de personnages qui redoublent la problématique du regard. La troisième rend hommage au paysage de Saint-Chinian, mettant en quelque sorte en abyme le lieu d’accueil. Le peintre a tenu à remonter un peu plus loin dans le temps, ce qui fait de cette exposition, une sorte de rétrospective et l’on peut, à l’extérieur, voir des tableaux plus ouverts à la société de consommation dont il montre le caractère pléthorique, répétitif et excessif en termes de couleurs : séries de gâteaux par exemple, ou rayons de supermarché, images festives d’une foire, et retour sur les inévitables autoroutes, d’ailleurs toute proches.

La civilisation dans toute sa splendeur, qui attire ici l’attention de l’extérieur avant de proposer des plages de contemplation plus sereines, puis plus intimes quand on aborde les petits formats et ces villages pleins de charme, que l’on oublie souvent de visiter. Cette exposition donne de bonnes raisons de faire une halte chez les « quarantais ».

BTN

Plus d’informations : cc-sud-herault.fr