Entre sang et chant mêlés, le flamenco va offrir sa flamme pendant dix jours, du 13 au 22 janvier, pour réchauffer le coeur de l’hiver nîmois. Interprètes de l’âme, du compas au cante grande, la gente flamenca célèbrera ce rythme souterrain qui pulse fort au corps, dans divers lieux de Nîmes : au Théâtre, à l’Odéon, au musée de la Romanité, à Carré d’art et au cinéma le Sémaphore.

L’Odéon, idéal pour ce type de spectacle, transformé en une sorte de tablao, où la proximité avec l’interprète fait d’autant ressentir cet accomplissement d’un rite. Cette année, peu de reports mais une nouvelle orientation traduisant la volonté d’insuffler de la création, de dépoussiérer la tradition. C’est au Théâtre que la sublime Rocio Molina ouvrira cette 32ème édition, frappant du talon pour marquer ces retrouvailles après une dernière saison en berne. Rocio Molina, chorégraphe très habité de la planète flamenca qui continue d’explorer artistiquement la fameuse Trilogia sobrela guitarra. Cette danse qui suit au plus près la partition du guitariste entrera en dialogue avec Eduardo Trassierra et Yerai Cortès.

Plus atypique, un solo brut et en toute nudité de la danseuse britannique Yinka Esi Graves installée à Séville, qui vient à Nîmes pour la première fois.  Dans The Disappearing Art, elle croise le lien entre résistance et silence de la femme noire. Inédit et original, un univers à rencontrer.

Pedro El Granaino sur scène, c’est du duende pur assuré, chanteur qui de son charisme a su réconcilier les différents courants du flamenco. Dentelle ou pierre, sa voix souveraine, envoûtante, procure une émotion intense. Dans cette profondeur, le Cante Grande intègre la célèbre lignée des Camaron de la Isla, Tomàs Pavon ou Enrique Morente. 

Au musée de la Romanité, Maria Marin, guitariste, chanteuse et compositrice traduit avec maestria dans des instants intimes, l’âme flamenca, cet instinct populaire raffiné, l’héritage artistique, l’identité et l’orgueil du peuple andalou à la fois rustique et noble. Un autre moment de grâce que l’apparition de Maria Moreno danseuse exceptionnelle, très « castée », qui dans More, sous l’ombre agissante du metteur en scène sémillante Rafael R. Villalobos, démontre à quel point elle est entrée dans la peau d’une véritable étoile flamenca. Peut-on parler de flamenco sans évoquer le nom de Federico Garcia Lorca auquel hommage sera rendu par le Ballet Flamenca de Andalucia et sa pénétration de l’univers très riche  de ce célèbre auteur en signant une oeuvre éponyme, El maléficio de la mariposa, sa dernière création. Andar, bailar, vivir, seront les maîtres mots de l’ardent désir de vivre signé Ursula Lopez, directrice artistique de ce fabuleux ballet.

Mystérieux titre que celui de Los Cuerpos Celestes voyage sensoriel, fresque proposée par Marco Vargas et Chloé Brûlé, approche d’un univers connecté qui se joue des contrastes entre flamenco et musique électronique. D’Antipodas, on sentira le rapprochement, l’effleurement de deux sœurs jumelles, Florencia la danseuse et Isidora la musicienne, dirigées par le maestro David Coria. Le thème du double est magistralement creusé autour d’un échange poétique à fleur de peau, entre voix, gestes et mouvements. Elle était ô combien attendue, Inès Bacàn parfaitement juste dans Origines, une voix terrienne qui remonte aux origines. Encore une histoire d’origine ou la profondeur du chant vient gratter le noyau dur des origines sur les terres de l’abuela Fernanda.

Des objets sans vie auront une deuxième existence grâce à En tallerez, spectacle traversé de sensations organiques dans lequel un percussionniste et une bailaora jouent à faire sonner et danser ces objets oubliés.

Dévoilé le processus créatif d’Ana Morales, suivi d’une carte blanche au guitariste Dani de Moron, il est sûr que les « bien dicho » et les « asa » éclateront en coeur.

Plus d’informations : theatredenimes.com