Nairy Baghramian au Carré d’art : visite virtuelle par BTN

De nombreuses structures culturelles ont dû fermer leurs portes ces dernières semaines. Pourtant, elles avaient travaillé sur des expositions de grande qualité. BTN vous propose une visite virtuelle de ces lieux en vous partageant ses textes qui pourront vous rapprocher au plus près de ces expositions.

Baghramian au Carré d’art (Nîmes)

Artist: Nairy Baghramian
Exhibition: Nairy Baghramian. The Walker’s Day Off.
17. Mai – 06. Juli 2008
Kunsthalle Bden-Baden

D’origine iranienne, mais vivant à Berlin, Nairy Baghramian fait partie de ces artistes en voie de redéfinir la notion même de sculpture. Elle procède par assemblage de matériaux divers, empruntés à l’environnement quotidien (verre, aluminium, bois ciré, acier, silicone, voire résine…), auxquels l’artiste attribue un statut d’objet qui dès lors adopte une apparence inattendue. On pense à une décoration intérieure, influencée par le design, mais qui s’émanciperait de ses objectifs fonctionnels. Comme si les objets nous jouaient la comédie où chacun tiendrait un rôle, incarnerait un personnage. En fait, la sculpture de Nairy Baghramian ne se conçoit pas sans sa relation particulière à l’architecture des lieux qu’elle occupe ou qui la reçoit. C’est particulièrement vrai au Carré d’art où elle se sert, à son accoutumée, du sol comme d’un socle, sans pour autant négliger les murs (cette rampe en laiton rythmée par des cornières en alu, coulé et peint en bleu), le plafond d’où émanent de curieuses suspensions, ni aussi les passages – telle cette porte rebaptisée bouche ou gueule (Big mouth). Même si l’essentiel de l’espace est occupé par des assemblages familiers, l’artiste privilégie les marges et couloirs habituellement non utilisés. Ainsi entend-elle dialoguer avec l’architecture du lieu. En fait son art semble à la fois émaner d’une revendication féminine (« Jupon suspendu »), de la chorégraphie, en ce sens que les objets sont dynamisés par leur disposition dans l’espace, et d’un rapport étroit avec le corps, constamment sollicité puisque bien des œuvres invitent le visiteur au déplacement (« Marée basse », où des sortes de chéneaux de verre et métal zingué, reliés au sol, serpente entre deux salles.). On est souvent dans l’allusion, à tel objet du quotidien (une lampe, un fauteuil, une applique), parfois utilisé à d’autres fins (tel ce miroir qui réfléchit et prolonge l’espace). Certaines constructions suscitent un sentiment de fragilité (« As long as it lasts », est constitué de résine en forme d’échelle, ou de grue, mise à l’horizontale à partir du haut d’un mur, et retenu au sol par de minces tiges d’acier lestées par un minuscule poids). Fragilité qui représente bien notre existence, ce qui est normal puisque l’on sait que chaque installation est temporaire : elle ne dure que le temps d’une exposition. L’artiste pose ainsi la question de la condition humaine mais déplacée sur les objets. Des sortes de prothèses ou tuteurs maintiennent parfois l’équilibre dans des assemblages aux multiples textures et couleurs nommés Maintainers. Pour cette artiste qui, plus que tout autre, tient compte du lieu qui l’accueille, il est évident que le sens se détermine une fois l’installation parachevée. On sait qu’il y aura des dessins préparatoires et surtout des photos, des portraits de cheminées fumantes en noir et blanc. Nous y reviendrons donc plus en détail.

On peut également profiter de l’expo temporaire pour parcourir les collections, dont l’accrochage a été singulièrement modifié dernièrement, avec en particulier un hommage au sculpteur de Supports-Surfaces Toni Grand, à la « trans avant-garde » rimbaldienne d’Enzo Cucchi et à quelques nouvelles acquisitions remarquables (Immense Scène nocturne de Stan Douglas, installation murale de Guillaume Leblon, des images suspendues de Latoya Ruby Frazier, une série de photos critiques d’Yto Barrada, des sculptures hybrides de Julien Creuzet…). Dans la partie de Carré d’art intitulée Project room, on peut aussi s’intéresser au travail et à la trajectoire sur jeans Denim, d’Ettore Favini autour du thème de la mer Méditerranée (jusqu’au 7 juin), en usant de fil et aiguille et en niant les frontières entre individuel et collectif.

BTN

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