Cette première édition d’une bienvenue Biennale du territoire qui aura finalement une suite, est censée nous faire effecteur Un pas de côté jusqu’au 9 janvier. Elle préfigure un état des lieux de la scène artistique locale et régionale, particulièrement féconde, d’autant qu’elle s’enrichit régulièrement de nouvelles arrivées et de retour aux sources.

La palette d’artistes retenus pour cette première édition couvre plusieurs générations, de Supports Surfaces avec Viallat (assemblage bois toile et corde) et Dezeuze (série d’armes de table), tous deux en robinsonnade,… à nos derniers venus, les plus dynamiques, notamment à ceux qui ont redécouvert les vertus du dessin, tel Julien Cassignol mais également son brillant aîné,  Mohamed Lekleti, tout en mouvement désarticulé, en légendes persanes et en fils reliant ses figures murales à des animaux en volume. On y trouve aussi des artistes relégués jusque là dans la marge, je pense à Gérard Lattier (gouache narrative sur bois) ou à Aldo Biascomano (œuvres sur verre célébrant la mythologie sétoise).

Trois thèmes ont été retenus : les rapports avec la nature (Pierre Unal-Brunet réhabilite le bois mort, Lise Chevalier dévoile ses mythologies intérieures et son jardin secret sur papier froissé), ceux entretenus avec, avec l’Histoire (La ruine selon Marie Havel, qui présente un tapis de jeux enfantins et des dessins d’adultes s’adonnant, à leurs dépens, à des jeux d’enfants ; les douilles de grenade en terre cuite, de Guillaume Poulain) et avec la société (les photos et vidéo du duo féminin, Becquemin et Sagot, les critiques ouvertes aux médias et au pouvoir dans les papiers peints et affiches d’Aurélie Piau, les portières d’Anne-Lise Coste).

Pour cette exposition assez hétéroclite, on passe allègrement d’une thématique à l’autre : la première intitulée Nous sommes tous des légendes, en autoportraits (S’en distinguent les moulages d’Elisa Fantozzi, recourant à son corps pour modèle, et les huiles oniriques de Carmelo Zagari, ou Les rois mages, revisités au présent par Gaétan Vaguelsi) ; la seconde simplement Bisous Baston (la réflexion sur le sexe et la mort, de Charlotte Caragliu ; les plaques inter funéraires de Pablo Garcia, les alignements verticaux et muraux de pierres radioactives ramassées par Clément Philippe) ; la troisième Symboles et totems, où Audrey Martin propose des élevages de poussière, Anne Pons le fruit de ses trouvailles textiles dans les marchés aux puces, et Margaux Fontaine, ses images de sorcières travaillées à la soupe de clous. La plupart des disciplines sont sollicitées (peinture avec l’iconoclaste Boitard, dessin avec Emilie Losch, sculpture tout en finesse et équilibre de Joëlle Gay) mais aussi cinéma (Elsa Brès et ses sanglières), artisanat d’art (Natsuko Uchino), poésie (une salle est dévolue au magicien des mots et des chiffres + des figurines, selon Pierre Tilman), Travail du son (Ganaelle Maury, dans les toilettes), Art urbain (Adrien Frégosi), art du verre (Biascamano), sans doute le design (Emilie Losch…), performances et fanzines.

Certaines propositions sont ouvertement revendicatrices ou travaillées par l’hybridité sexuelle et le queer, la menace qui pèse sur l’environnement. L’onirisme surréaliste n’est pas éloigné dans les dessins d’Agathe David, l’une des jolies surprises de ce panel. Bref cette sélection ne fait pas dans le conventionnel et c’est un peu ce que l’on attend des artistes, le décentrement (Sinon autant lire les journaux ou suivre les news sur les chaines en continu). Bon, la liste serait longue des manquants vivant sur notre SOL (d’Alès à Béziers et de Nîmes à Sète), même si cette prise en compte de ce même SOL contient du beau monde, autodidactes ou passés par les Beaux Arts. Ce sera pour le prochain coup – mais il est des gens à qui les coups ne font rien.

BTN

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