Pari réussi pour Didier Vesse, que cette cinquième édition d’Art Montpellier qui commence à répondre aux espoirs qu’une telle manifestation est à même de susciter. On note un indéniable saut qualitatif, quant à l’ensemble de ce qui nous est proposé par rapport aux foires antérieures. La Foire méditerranéenne des arts contemporains est à retrouver jusqu’au dimanche 14 novembre, à Montpellier.

D’abord, elle se déploie dans un espace à la mesure de ses ambitions, celui du Parc des expositions, Hall B2, mieux à même qu’une salle de spectacle d’accueillir des stands selon une scénographie originale où les galeries ne se jouxtent plus et bénéficient d’un espace digne de ce nom. Ce caractère aéré favorise aussi la circulation  du public, ce qui en ces temps de pandémie, n’est pas non plus négligeable.

Ensuite, parce qu’elle est attractive. Dès l’entrée nous sommes accueillis par la fresque céramique d’Hervé Di Rosa (auteur d’une sérigraphie dans le très beau catalogue). Très bonne idée en effet que d’avoir associé Art et Humour ce qui aura permis de rendre hommage à l’indémodable Ben  dans un solo show bien inventif, ou à ce Mister Helic plein de malice. Certaines galeries ont joué le jeu. Par ailleurs, le flâneur motivé peut y découvrir les productions exceptionnelles favorisées par la région telle celle du Mrac et du Crac. La ville de Sète, encore une fois, prouve à quel point elle fourmille d’artistes de premier plan (on ne saurait les citer tous). Sur certains stands (Artnew gallery), on pouvait se laisser tenter par des toiles de Jean Messager, des sculptures d’Henry Moore ou d’Ernest Martin, des Viallat, Adami, Messagier, Alechinsky et même Abdessemed… 

Du côté de Médiart, on pouvait admirer les gravures, sérigraphies et foulards consacrés à Brassens de la plupart des figuratifs sétois (de Combas et Pierre François à Cervera, Cosentino, Biascamano, Topolino…). Plus : des focus sur le livre d’artiste, sur la maison d’édition Anagraphis et même, sur le collège tout proche de Pérols… Sans oublier la présence internationale de l’Espagne (4 galeries !), du Japon, de l’Asie, la Suisse…

Et puis, il y a les galeries : elles viennent d’un peu partout, outre les précédentes, de Paris et Marseille, de Lille et le Mans, de Saint-Etienne et de Lyon, Annecy et Cannes, Vichy et Vaison-la-Romaine, Avignon, Béthune… Et de la région bien sûr (Uzès, Bages, Mèze, Bergerac, Montauban, Toulouse, Rodez, Aigues-Mortes, Béziers et bien évidemment Nîmes, Sète ou Montpellier) … Quel collectionneur un peu passionné n’a pas rêvé d’acquérir un Soulages abordable (chez Cunillère, et ses Barcelo, Poliakof, Venet…), un Andy Wharol ou un Basquiat accessibles (Panofsky), un incontournable Bansky (Artkind, Corps et âme) ? Un César (cf. AD galerie). A fortiori un Combas de qualité, un tableau si possible, de cet artiste omniprésent qui, de surcroît honore, la production régionale et même méditerranéenne ? Cette édition d’Art Montpellier permet ces coups éventuels de cœur. Mais l’on n’est pas obligé de miser sur les plus grands d’autant que nous demeurons alors dans les multiples. Parfois une œuvre de notoriété moins tapageuse suffit au bonheur des vrais passionnés. Je pense à cette galerie d’Annecy qui expose trois artistes au talent époustouflant : Brisson, Airam, Krief : Au-delà des apparences. Bartoli propose de nombreux tableaux de Georges Autard, un artiste marsillais majeur des années 80. Bartheas quelques Speedy Graphito mais aussi Jean Miotte ou Antonio Segui. Le Réservoir mise sur des très jeunes (Jules Milhau, Bella) entre des Combas et des Pasqua. Aline Jansen (Europ’art) a son public fidèle. Dock Sud donne sa chance à Cersisola… 

Le collectionneur idéal, selon moi, c’est celui qui s’initie graduellement au fur et à mesure de ses acquisitions d’œuvres. Pas forcément celui qui achète tout de go, un nom célèbre, sans passion et sans risques, mais pour des raisons qui n’ont plus rien à voir avec l’art. Les stands de cette édition sont suffisamment éclectiques pour offrir un panel de propositions correspondant à tous les goûts : figuratif et abstrait ou le mélange des deux, sobre ou débridé, narratif ou urbain – ou les deux, sérieux ou drôle. Il reste ce week-end pour s’en persuader.

BTN

Plus d’informations : art-montpellier.com