Internationalement connu, pointure de l’art contemporain africain et l’un des artistes les plus talentueux de sa génération, Abdoulaye Konaté s’invite à Montpellier en exposant ses plus belles créations textiles sur les murs blancs pâle de l’Espace Dominique Bagouet, jusqu’au 10 octobre prochain. 

Cette exposition se tient dans le cadre de « Africa Montpellier », en écho au Sommet Afrique-France dont la ville héraultaise sera l’hôtesse du 7 au 9 octobre. 

Lune bleue, une exposition magistrale

Transportées dans des grosses caisses métalliques, le brouhaha des roues s’assimile aux sons qu’émet le dum dum, les œuvres jaillissent des caisses, le bruit s’estompe et laisse place à l’émerveillement face à ses bijoux de l’art contemporain africain. L’artiste malien, aux côtés de Nakhana Diakité-Prats, commissaire de l’exposition, déambule dans l’Espace Dominique Bagouet en regardant ses réalisations avec humilité. L’exposition démarre par Les gouttes rouges, symbole du sang des innocents versé au Sahel et partout ailleurs. L’œuvre est inspirée des grigri disposés sur la tenue traditionnelle des chasseurs de sa région. À sa gauche, allégorie de l’espoir, le Vert touareg (aux trois cercles) illumine, marque et touche celui qui le regarde. La grandiose Lune bleue, prêtée par la Primo Marella Gallery de Milan, gît en face des deux œuvres et incarne la promesse d’un avenir meilleur. Le phénomène astronomique de la Lune bleue est d’une rareté indicible, appuyant alors la dimension exceptionnelle de cette œuvre. Au cœur de cette exposition, si ce n’est le point névralgique, l’œuvre inédite Hommage à Joëlle Busca où Abdoulaye Konaté honore le manteau fétiche de son amie et critique d’art avec, brodé au centre, une splendide représentation de l’Afrique dont elle admirait la puissance créatrice de ce continent aux ressources artistiques inépuisables. Face à elle, avec légèreté et humour, se trouve un tissage en bazin bleu et blanc reprenant la marinière intitulé De Picasso à Jean P. Gautier.

Abdoulaye Konaté, un artiste hors-pair

Passé par les Beaux-Arts de Bamako et par l’Institut Supérieur des Arts de La Havane, Abdoulaye Konaté a étudié les différentes techniques d’acrylique et de peinture à huile. Dans les années 90, il intègre le bazin, un textile disposant de beaucoup de possibilités artistiques, qui jonche la quasi-totalité de ses œuvres. D’autant plus que le Mali, son pays natal, est le premier producteur de coton en Afrique. Il s’inspire de techniques traditionnelles puisées au Nigéria, au Ghana, au Niger, en Europe mais aussi en Asie. L’artiste glane chez les korèdugaw du Mali et dans une communauté de femmes teinturières maliennes. Abdoulaye Konaté œuvre sur les problèmes de notre société ainsi que sur le traitement de la couleur et de la composition. Le paradoxe qu’incarne l’artiste contemporain se ressent dans ces travaux jonglant entre le traditionnel et le moderne. S’il a bien une œuvre anecdotique et monumentale, c’est bien celle confectionnée pour l’ouverture de la CAN (ndlr Coupe d’Afrique des Nations de football) en 2002, faisant environ 6000 m2, afin d’interpeller sur le Sida. Ses œuvres ouvrent une fenêtre, non pas uniquement sur l’Afrique, mais sur le monde entier. 

Plus d’informations : montpellier.fr