Frêche, un caméléon de génie

Cette année on commémore le deux-centième anniversaire de la mort de Napoléon. La France s’interroge sur cette  nécessité, l’empereur était-il un tyran ou un génie ? Les deux évidemment. C’est aussi ce que pense Jacques Molénat de Georges Frêche.

Dans son livre Le monarque aux 80 visages, le journaliste trace le portrait aux multiples facettes de celui qui régna près d’un demi-siècle sur Montpellier. Un ouvrage qui sort 11 ans après la disparition soudaine le 24 octobre 2010 de Georges Frêche dans son bureau du Conseil Régional dont il venait d’être réélu Président après une campagne électorale brillante et tonitruante. Comme Napoléon, l’Imperator de la Septimanie a déchainé les passions, on était pour ou contre, on ne pouvait être indifférent. 

Pour l’avoir suivi tout au long de sa carrière depuis son élection fracassante en 1977 à la mairie de Montpellier, Jacques Molénat, journaliste indépendant correspondant des plus grands médias nationaux, connaît l’homme aux multiples facettes, un caméléon de génie, soulignant tour à tour un aspect de cette personnalité hors du commun. Pour gagner des électeurs, Georges Frêche était passé maître dans l’art de la mue. Juif avec les juifs, catholique avec les catholiques, écolo avec les écolos. Intellectuel et très cultivé, il s’exprimait avec une grossièreté certaine pour faire populaire.

Mine de rien le livre de Jacques Molénat est sans doute le portrait le plus objectif de Georges Frêche paru à ce jour. Documenté, sérieux drôle, inattendu. Dans sa préface Jean-François Kahn ose un parallèle avec Emmanuel Macron, politiquement ce n’est pas faux, ils sont ailleurs, de gauche mais élus avec des voix de droite. La couverture  d’Alain Clément souligne le kaléidoscope du génial tyran ou du génie tyrannique ? Les deux évidemment.

Georges Frêche, Le Monarque aux 80 visages, Edition Cairn.

Marie-Christine Harant