Livre : Le stage d’athlétisme poétique d’Anne-Marie Jeanjean

Voilà un livre qui fait du bien à la rate, à la bonne humeur, et à la poésie. Bien des gens se sont détournés de cette dernière du fait de sa relative abstraction, de sa raideur formelle, de ses silences envahissants et hermétiques. Eh bien cet écrit prouve que l’on peut encore (et en corps, au vu du titre) pratiquer ce genre en toute liberté et s’amusant diablement, même si c’est souvent aux dépens des vieilles barbes et moustaches. Que l’on peut pratiquer la poésie sans se prendre au sérieux, sauf qu’il n’est rien de plus sérieux que le comique, si l’on veut bien y réfléchir quelque peu, car il ne saurait masquer tout à fait, à l’instar du clown triste, son revers de tragédie. Anne-Marie Jeanjean travaille en orfèvre de la langue, avec une inventivité verbale qui fait plaisir à lire sans jamais tomber dans la glossolalie ou le lacanisme facile (« Car un athlète poétique s’appuie toujours sur son souffle pour stimuler sa force vitale »). Au demeurant, recourant une nouvelle fois à la sollicitation de son double, Miss Drac’Ula, ce livre infléchit la pratique habituelle de notre poète vers le narratif voire le théâtral. Il est divisé en trois parties, véritable quête initiatique du graal poétique : une consultation désopilante chez un thérapeute apte à vous délivrer le précieux certificat ; le stage d’athlétisme poétique proprement dit (et l’on est très proche de Maurice Roche dans le recours à la métaphore polysémique : le bain de peauésie, par ex, ou la séance vouée aux alcools  forts : « il ne s’agit pas de boire pour boire, il s’agit de boire pour dire ».) ; la fête de la poésie pour terminer, où Anne-Marie Jeanjean s’en donne à cœur joie pour massacrer les vieilles conceptions de la poésie, (« Dissipation radicale de la  Melancholia poetica ») qu’elle entend justement renouveler. Le livre n’est pas résumable. Il faut se plonger dans ce feu d’artifice verbal et se laisser guider par la cicérone qui au fond nous invite elle aussi à ce stage, et à son feu d’artifice final, un tant soit peu original, et bien dans l’esprit du temps. BTN

Le stage d’athlétisme poétique d’Anne-Marie Jeanjean.
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