Livre : Journal d’un Curateur de Campagne, de Numa Hambursin

Numa Hambursin, avec Alain Clément

Pas facile d’écrire sur quelqu’un que l’on aime bien et qui, ainsi qu’il le rappelle à bon escient dans ce premier ouvrage est le fils d’une galeriste que l’on a toujours appréciée. En fait, ce « journal d’un curateur de campagne » ne respecte pas les codes du genre diariste mais il nous fournit bon nombre d’anecdotes et confidences qui justifient le titre retenu. Le mot « curateur », outre son côté branché, permet avec humour, un clin d’œil à Bernanos, mais la référence s’arrête aux portes de l’ancienne église Ste Anne, dont Numa est le responsable, et où effectivement officiait autrefois un « curé ». Autant le dire tout de suite, l’ouvrage est très bien écrit, l’angle d’approche des préfaces d’expos est souvent juste, et sa composition, alternant textes théoriques et mises en perspective tout à fait pertinente. Pour ce qui me concerne, l’ouvrage sonne comme un bilan, ponctuel on l’espère. En fait Numa recense à la fois ces écrits antérieurs, principalement axés sur le Carré Ste Anne, L’espace Bagouet, la galerie Hélène Trintignan, celle qu’il ouvrit naguère avec son épouse, et quelques excursions hors de l’écusson. On pourrait se dire alors que, finalement seul le public montpelliérain est visé, du moins celui qui s’intéresse aux arts plastiques. Mais il n’est que trop évident que les choix des artistes évoqués, et dont il défend bec et ongles la production de qualité, s’ouvrent non seulement sur un plan suprarégional (Combas, Di Rosa…) ou national (Pencréac’h, Desgrandchamps, Garouste) mais aussi international (JonOne et son record d’entrées publiques, Ocampo, Rabus, Toguo…). Numa Hambursin livre en effet ses prises de position, et Dieu sait si elles épousent les goûts du grand public, et combien en revanche elles témoignent d’une sévérité sans doute excesive envers cet art officiel, que l’on dit contemporain, et qui se voit ici fustigé fermement. On est dès lors partagé entre l’admiration pour le courage et la sincérité des options, touché aussi par l’émerveillement enfantin de l’auteur, ravi d’avoir pu approcher les artistes révérés, mais en même temps troublé par le manichéisme affiché : rien n’est tout à fait bon ni tout à fait mauvais, et si un certain nombre de décideurs, ou de procureurs du marché de l’art, peuvent à juste titre se voir critiqués (pour leur intransigeance, et mépris des goûts du grand nombre), les artistes, de leur côté, suivent leur inclination et n’ont pas, ce me semble, à être condamnés sans appel. Réflexion pertinente en revanche sur la condition de collectionneur ; il va de soi que par ses origines et activités, Numa en connaît un rayon là-dessus. Mais le livre nous permet surtout de découvrir un homme sensible (la page tournée est peut-être celle de l’enfance, et la coupure des cordons ombilicaux), avec ses soucis familiaux et professionnels, ses espoirs et ses déceptions, et si, comme le dit Montaigne, tout homme porte en soi la forme entière de l’humaine condition, on peut dire que l’auteur a atteint son but : nous exposer les coulisses du pouvoir, à commencer par celui du curateur, à la recherche de nouveaux talents (il en cite plusieurs dans le livre), et qui incessamment, se doit de battre la campagne. BTN

Journal d’un curateur de campagne, Eds La Chienne.

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