Littérature : Carnet du désert de René Pons

Dans la région, nous avons de grands écrivains mais le grand public les méconnaît. René Pons en fait partie, lui qui a publié chez les meilleurs éditeurs, de Gallimard à Actes Sud, certains plus modestes, et qui est l’auteur d’un nombre effarant de livres d’artistes réalisés avec les plus connus (Dezeuze, Clément, Viallat…). Ce Carnet du désert est comme l’aboutissement logique de son œuvre. Il s’agit de fragments, dans la continuité de Pessoa ou Perros, mais aussi de La Bruyère, ou Pascal, tournant autour d’un seul sujet : l’écriture. René Pons la puise à sa source, ce qui est un peu normal quand on est dans le désert. Son originalité est de faire alterner les passages en prose, plus narratifs, plus satiriques et aussi plus réflexifs, aux poèmes en vers, plus lyriques et philosophiques. Dans les deux cas, on se rend compte combien René Pons est à la recherche de l’expression juste, de l’image qui fait mouche (« L’écriture, comme la girouette, tourne en fonction de l’humeur qui souffle. »). Il vit l’écriture de l’intérieur («…le désert en moi/s’étend à l’infini »), même si c’est l’extérieur, et ses travers innombrables qui lui servent souvent de point de départ (« Peut-être ont-ils raison ces mondains, ces clowns de la célébrité, qui jouent à fond la carte de la réussite et en acceptent toutes les vilenies ? »). Cet auteur est un boulimique. Il lui faut en permanence sur le métier remettre son ouvrage. Il fait moins son livre que son livre ne le fait (« Au fur et à mesure que j’avance dans ce carnet, son sujet se précise »). Mais la variété même des attaques scripturales, plus ou moins longues (de l’aphorisme ou du distique à deux trois pages maximum) toujours recommencées, sur le même thème, fait que l’on est en permanence surpris, embarqués et que le miracle opère, un peu comme les ermites qui finissent par dialoguer avec l’éternel sous forme d’apparition. Évidemment, le désert suppose la solitude, le risque toujours présent de la déchéance et de la mort. René Pons en a bien conscience et l’on peut dire que ce livre semble écrit pour apprivoiser cette dernière, et pour nous habituer, à dose homéopathique, à sa perspective inéluctable. Mais c’est fait avec une telle énergie, une telle détermination qu’on se laisse prendre au jeu et que la personne de l’écrivain nous paraît familière voire attachante. C’est que s’y donne à lire le sillon que creuse un homme, de ceux qui finissent, au cœur du désert par planter leur tente. Et à attendre l’éventuel passant, égaré, pour lui offrir le thé du réconfort brut. BTN

Carnet du désert, Edition Rhubarbe, 13 euros.

LAISSER UN COMMENTAIRE