Les Abattoirs à Toulouse accueillent jusqu’au 20 septembre l’artiste Laure Prouvost. Quelques salles plus loin, c’est le collectionneur Gino Di Maggio que découvrira le visiteur…

Laure Prouvost aura eu l’honneur insigne de représenter la France en la Biennale de Venise. Aux Abattoirs, on pourra reconstituer les étapes de sa contribution grâce à un film qui relate son voyage du nord au sud de la France, en passant par le palais du facteur Cheval via la ville lagunaire.

Mais, pour la visionner, on doit s’immerger dans une installation à base d’objets issus de la vidéo, de terre végétale, d’une brume onirique, d’une fontaine, de tapisseries… L’eau est justement le thème du film : Vois ce bleu profond te fondre ; il s’agit de plonger dans une épopée initiatique, riche en dialogues dans diverses langues, impliquant l’Europe entière. Une
douzaine de comédiens y jouent des rôles divers en rapport avec l’univers du spectacle tel celui du magicien, du musicien ou du danseur. L’aspect tentaculaire du film explique la présence symbolique de la pieuvre dont on appréhende la disparition alors qu’elle est associée à notre littérature, nos cauchemars et nos rêves d’aventure.

Même si des problèmes douloureux sont évoqués (le destin de la nature, l’état des mers, la pollution littorale, et même la disparition de Venise, précédant celle du monde), Laure Prouvost, qui a longtemps vécu en Angleterre et en Belgique, aime traiter les sujets de manière humoristique, ou en recourant à l’absurde. Son œuvre prouve que la communion est possible entre des êtres différents, et que l’artiste peut jouer un rôle fédérateur. L’espoir subsiste. On se souvient, au Palais de Tokyo, dans son Jardin des délices, de sa fontaine de seins giclant d’eau revigorante par ces étés de canicule, incarnations d’une féminité revendiqué comme telle. Ou de son recours à des plantes réelles (cf. Collection Lambert, des framboises dans une cuillère), à des coquilles d’œufs et même, puisqu’il s’agissait de la perle de l’Adriatique de vrais pigeons parmi un parterre jonché de sacs plastiques, d’objets et de téléphones abandonnés.

L’univers de cette artiste pose en tout cas des questions universelles ou d’actualité, en essayant de leur attribuer une forme artistique originale. C’est assez dire la profonde originalité de cette démarche qui n’hésite pas à remodeler l’architecture des lieux. L’immersion n’interdit pas le recul salutaire.

Gino Di Maggio, jusqu’au 15 novembre

Par ailleurs, les Abattoirs rendent hommage, au collectionneur italien des années 50-70, Gino Di Maggio, une occasion de voir des affiches ou œuvres futuristes, de l’Arte Povera (Alighiero e Boetti) ou des incontournables de l’art italien tels Fontana (déchirures) ou Manzoni (merdes d’artiste), mais aussi, dans la continuité de l’inévitable Duchamp ou même Man Ray, les grands noms de Fluxus (Brecht, Yoko Ono, Nam Jun Paik, Ben, Volstell, Maciunas, Cage…), les affichistes (Rotella, Villeglé, Hains, Dufrêne), le nouveau-réalisme (dont Spoerri, Arman ou César), pas mal d’œuvres issues du Japon et de son fameux groupe Gutai, du cinétisme, italien notamment, et du pop art, Erro, bref de quoi prendre un joli cours de l’Histoire de l’art, moderne et contemporain.

Plus d’informations : lesabattoirs.org