7 Juin : retour au festival, accompagné d’un grand bonheur, celui de traverser le parc du domaine d’Ô du Nord au Sud. Fouler le sol de l’allée de pins d’Alep, longer le grand bassin, le verger de muriers et se retrouver au pied du Grand Cyprès. Sous sa protection le joli chapiteau de la compagnie Rasposo. Qui présente sa dernière création La DévORée****. Cette compagnie ne nous a jamais déçu. Ce soir elle nous a comblés. Sous l’œil aiguisé et intransigeant de Fanny, sa mère, Marie a pris les destinées de ce cirque en main. Depuis sa carte blanche il y a trois ou quatre ans déjà, on sait qu’elle s’intéresse à la Femme, dans la vie, dans le monde et dans sa spécialité le cirque. La rencontre avec la chanteuse et instrumentiste a été décisive. La musicienne est devenue sa partenaire. Ici elles nous proposent une digression sur le thème de Penthésilée. La fameuse reine des Amazones qui provoque Achille Ils vivent une passion amoureuse à la vie à la mort. Elle le tue et le dévore avant de se suicider. Quelle audace de transposer cette tragédie via le médium cirque. C’est une réussite totale, d’une intelligence rare et d’une beauté saisissante Le public est accueilli sur l’air Casta Diva, chanté par La Callas, tandis que tournent trois Grâces vêtues de longues robes dorées, trois amazones. Marie Molliens, Justine Bernache, Colline Caen incarnent la Femme, en trois personnes. Elles s’envolent sur une corde, elles se balancent au trapèze, c’est le tableau de la séduction, sous une pluie d’or. Elles se succèdent dans des duos avec l’homme, dans des corps à corps sur terre et dans les cintres, en un combat sans merci, le sang macule leurs vêtements, c’est le tableau de l’affrontement. Sur L’air du froid de Purcell Marie Molliens avance sur son fil, un numéro où elle excelle, dont elle connaît toutes les variantes. Elle mange Achille, sous le regard envieux de ses lévriers afghans avant de tomber, fin du drame. Une scène d’une esthétique troublante dans sa férocité Les artistes reviennent à la réalité dans un bel envol de trapèzes. Marie Molliens dévorée par la passion vient d’inventer l’opéra cirque.

Jusqu’au 12 juin, Printemps des Comédiens, Montpellier. Tél. 04 67 63 66 66. www.printempsdescomediens.com  10 au 18 juillet, Festival Villeneuve-en-scène. Tél.04 32 75 15 95. www.lefestivalvilleneuveenscene.com et 26, 27, 29 juillet, Les Nuits Del Catet , Thézan-les-Béziers. Tél. 04 67 28 37 32. www.sortieouest.fr

Les bas-fonds @Brigitte Enguérand

8 juin, dans l’amphi d’Ô pour les Bas-fonds, d’après Gorki, mise en scène de Lacascade qui reste fidèle à l’auteur russe. Après les Barbares et Les Estivants, voici donc les Bas-fonds, une pièce sombre, très sombre qui réunit des pauvres hères vivants dans la misère, croulant sous le loyer de leur propriétaire, à la veille de la révolution bolchevique. Un acteur, un voleur, un évadé de prison, un baron ruiné et quelques putes essayent de rester optimistes d’imaginer un avenir meilleur grâce à un Homme nouveau, malgré ce manque d’argent. La pièce compte certains moments forts liés à la descente dans les bas-fonds des bas-fonds. La femme de l’un emportée par la maladie, portée en terre par tout le groupe ; la révolte contre le propriétaire, enseveli sous la barricade formée par le mobilier, entassé ; l’hommage au vieux par les survivants imbibés d’alcool et le suicide de l’acteur. Décors et costumes sombres ou gris cendres, accentuent l’impression de malaise avec l’actualité. On peut évidemment faire le rapprochement entre ces exclus, et l’actualité qui voit le nombre de personnes au banc de la société en constante augmentation. Malgré la fin noyée dans les flots de bière un peu nauséeuse, Lacascade et ses comédiens ont réussi un spectacle follement âpre et désespéré.

10 juin, Printemps des Comédiens, Montpellier. Tél. 04 67 63 66 66. www.printempsdescomediens.com