Jean d’Ormesson vient de mourir cette nuit. Curieuse coïncidence.  A Toulouse pendant ce temps-là le TNT programme Enfance et adolescence de Jean Santeuil de Marcel Proust, adapté par Agathe Mélinand. L’atmosphère au château de Fréville et celle de Saint-Fargeau que les deux Jean ont fréquenté dans leur enfance. Des demeures où le temps semble s’arrêter, où l’on s’alanguit dans des fauteuils en rotin en buvant du thé et où les enfants von s’égayer dans le jardin si le temps le permet. Le temps qui passe, le temps qu’il fait, au centre des conversations.  Dans la pièce tirée du premier ouvrage de Proust, il est le personnage principal.  Celui qui laisse entrevoir le fameux A la recherche du temps perdu. Jean Santeuil se souvient, du baiser du soir de sa mère, un rite qu’il attendait, qu’il redemandait. Jusqu’au jour où il en est privé. De longues pages pour traduire le ressenti, au moment de cette ultime manifestation de tendresse, la nostalgie générée par le manque.  Un vrai poème. Les comédiens se racontent en style indirect ou dialoguent selon, en alternance. Ce choix qui place la représentation entre récit et jeu voulu par Agathe Mélinand, favorise l’écoute. On entend au mieux la langue proustienne, son rythme, sa musique. Elle est déjà là, prélude à celle de la Recherche. Une façon unique de traduire l’intime, au plus juste. Les comédiens ont joué le jeu. Ils s’oublient tous Quentin Dolmaire, le héros Jean et tous les autres. Le verbe seul compte. On est transporté dans le livre.  Un décor intemporel, avec les accessoires indispensables, le lit de Jean, les fauteuils en rotin et les grandes porte fenêtre ouvrant sur le jardin. Les costumes des années cinquante, la dernière époque classique, avant que la rue ne dicte la mode, en écho aux vêtements raffinés de la fin du XIXe, début du XXe siècle. Un totale réussite qui se déguste à petites gorgées comme le thé chez la Duchesse de Fréville ou chez la comtesse d’Ormesson.

Jusqu’au 16 décembre, TNT Toulouse. 05 65 34 45 05 05. www.tnt-cite.com