Décidément Arles est la ville dont on parle : son patrimoine antique certes, les journées estivales de la photographie, son centre Luma et cette Fondation donc, vouée au résident de la célèbre Maison jaune, qu’il convient à présent de découvrir. Accueillis par une œuvre murale de Bertrand Lavier, la Fondation Van Gogh a pour vocation de mettre en perspective les œuvres de Vincent, régulièrement empruntées à des collections publiques ou privées, avec des artistes modernes ou contemporains (Picasso l’été prochain, Roni Horn ou Yan Pei Ming dans le passé). Jusqu’en avril c’est L’entrée dans une carrière, tableau moins connu de la période St Remy, que nous découvrons, dans son écrin boisé, ainsi qu’une lettre à Paul Gauguin, postérieure au drame de l’oreille tranchée, et émouvante de sensibilité. Les deux étages sont consacrés d’une part à des ensembles inattendus mais vernaculaires du patrimoine local et qui vont de santons de Provence à la collection Yolande Clergue, rendant hommage au peintre (Christo, Lucien Clergue, Ishimoto, Cartier-Bresson …), en passant par des nativités, si prisées dans la culture arlésienne. Les artistes retenus pour l’expo contemporaine ont été choisis pour leur parti-pris de simplicité ou d’humilité, qui caractérise les choix picturaux de l’artiste éponyme. On commence avec des gravures de J.F. Millet et ses célèbres paysans et faucheurs, son angélus, décliné des centaines de fois en reproductions plus ou moins pauvres. Le self-portrait de l’allemand Juergen Teller, nu, sur et en osmose avec un âne qu’il semble vouloir protéger, sur fond neutre, pointe cette simplicité recherchée, sans doute aussi d’autodérision. Sa compatriote, Andréa Bûttner a choisi d’une part la collecte de documents (génuflexions), d’autre part la pauvreté voire la mendicité dans ses xylographies figuratives très dépouillées. La franco-marocaine Yto Barrada (cf. Carré d’art) se penche sur les fameux iris indigènes, en voie de disparition dans la région de Tanger, dans de grandes photos de format carré. On sait que les iris sont devenus l’une des séries les plus cotées du monde. Le simple peut ainsi coûter très cher. L’américain Oscar Tuazon offre un abri en aluminium et, à l’étage une véritable tente fermée, sans doute celle de migrants, on peut difficilement faire plus « cheap ». Le russe Sanya Kantarovsky peint à l’aquarelle vibrante des gens simples, dans des attitudes quotidiennes, non sans caractère onirique. Avant de monter à l’étage, on peut assister à la projection filmique du belge  David Claerbout revisitant Le livre de la jungle version Disney mais en écartant toute allusion anthropomorphique de façon à revenir à l’esprit de l’enfance et à la vie animale brute. Présent dans les intervalles, le roumain Dan Perjovschi macule mes murs de simples graffitis, dessins et textes, dans un esprit militant et critique. A l’étage, le suisse Nicolas Party a peint une pièce en jaune d’or style tournesol et, directement sur les murs, des bouquets géants empruntés à des fleuristes, également représentés, hommage aux gens et aux choses simples. Une vidéo du brésilien Jonathas de Andrade présente des pêcheurs qui caressent leurs victimes avant de les voir mourir. Enfin, dans le patio, le polonais Pawel Althamer nous intègre à une volière avec perruches, plantes naturelles ou artificielles, et céramique féminine, en référence aux centres  de jeunesse soviétique. Comme on le voit une expo internationale, très riche et diversifiée malgré le thème fédérateur que le visiteur se plaira à relier à l’œuvre de Vincent Van Gogh. BTN

Jusqu’au 2 avril, Fondation Vincent Van Gogh Arles, 35 ter, rue du Dr Fanton, 13200 Arles. Tél : 0490930808.