Sans parler d’apothéose, après Combas ou Di Rosa, Toguo ou Ocampo, la venue de Jonathan Messe représente une date importante pour Numa Hambursin et le Carré Ste Anne. Ainsi un espace municipal pourra-t-il s’honorer d’avoir reçu l’un des artistes les plus en vue de la scène internationale actuelle. Il s’agit pourtant avant tout d’un peintre mais qui aura su conjuguer son activité à la performance ou l’installation – il faut croire qu’outre-Rhin on ne se limite pas à la postérité du ready made. Meese ne fait pas dans la dentelle, il n’est point l’apôtre d’un art que l’on dit de mise. A la rigueur de mise en scène et c’est qui devrait surprendre, sans doute choquer en tout cas ne point laisser indifférent dans son intervention en cette ancienne église. Car si l’on associe la religion à la répression et la sublimation des instincts, on n’attend pas de Meese qu’il s’autocensure, loin s’en faut. Le sexe, l’ordure, et surtout les figures du pouvoir s’expriment en toute liberté. Plastiquement, les peintures font penser à un déferlement de signes peints, dont l’écriture n’est pas absente, et de gestes colorés. Les tableaux sont éminemment dynamiques, confinent au fouillis, lequel en fait rend compte du pléthore d’informations auquel l’artiste, et nous-mêmes ensuite, sommes quotidiennement confrontés. Les toiles sont souvent d’un format monumental ce qui renforce l’impact visuel et corporel. Comme si nous étions noyés dans un bain de signaux émanant de la culture universelle et, évidemment, en premier chef, allemande. Wagner est d’ailleurs sollicité, qui cherchait la réconciliation de sa nation unifiée, avec ses racines mythiques, la redécouverte du sacré et l’utopie d’une œuvre totale. On imagine combien le petite espace de l’église, la plus haut perchée de Montpellier, se prête au débordement d’énergie, par les objets, par les projets et par les références de l’artiste et ses propositions exaltées. Plus l’espace est modeste, et plus les œuvres suggèrent le trop plein, toujours prompt à déborder. C’est dire si nous sommes dans l’expression d’une démesure, quasi barbare, et que Nietzsche eût appelée volontiers dionysiaque. N’y manque en effet que la musique ou le son même si les tableaux, autobiographiques ou non, sont en général criards. Meese mêle en l’occurrence le marquis de Sade et Merlin l’enchanteur, sans se priver de la cinquième de Beethoven qui chavirait le cœur du héros d’Orange Mécanique. Lés références empruntent donc aussi bien au cinéma qu’aux œuvres littéraires majeures, aux mythes médiévaux qu’à l’art mural d’aujourd’hui, de l’enthousiasme suprême de la musique sacrée, aux pires symboles de la barbarie moderne. L’œuvre de Meese tend donc à l’universel. Elle tend à faire de l’individu, un être qui porte en soi la forme de l’humaine condition. D’où l’autoportrait et la signature envahissante, qui le rapproche d’un Montaigne. Au fond, un nouvel humanisme. Trans ou super. Sans cela : que viendrait-on chercher dans cet ancien lieu de prières et de communion ? Sinon : Le diable, probablement. BTN

Du 15 février au 30 avril au Carré Sainte- Anne 2 rue Philippy à Montpellier.
Tel:  0467608211