Jean-Michel Meurice (56-18) au Musée Fabre à Montpellier jusqu’au 29 avril

Il est toujours agréable de voir un créateur du cru reconnu dans sa région, sachant que nul n’est prophète en son pays. C’est le cas de Bioulès, Bordarier, Clément, Dezeuze, Viallat et maintenant de Jean-Michel Meurice, qui vit dans l’Aude. Les quatre salles dévolues aux acquisitions et dons de cet artiste, national et international, égrènent les décennies et constituent un florilège des grands moments marquants de sa production prolifiques. Dans les années 60, l’artiste se cherche, explore et expérimente. C’est un peu la caractéristique de cette génération, souvent critique (au sens marxiste du terme) à l’égard de l’art officiel et bourgeois qui se sclérose dans l’académisme et les conventions du bon goût. Meurice explore de nouveaux supports, ne craint pas de recourir à des couleurs insolentes tout en mettant en place, petit à petit, une stratégie de l’accumulation colorée. Les matériaux sont empruntés à la vie quotidienne (vinyle), ils sont pauvres (carton), inattendus (rhodoïd). Les bandes horizontales se superposent dans un esprit de neutralité et de libération de l’expression des couleurs, émancipées de la forme, du dessin, de la figure. Dans le même temps, Meurice peint directement sur film, dans la continuité d’un cinéma matérialiste et expérimental. La peinture alors se fait mouvement et animation par l’image. Dans les années 70, la démarche se radicalise. Les bandes se font étroites et les accumulations spectaculaires. Les œuvres deviennent parfois imposantes, débordant même du mur pour recouvrir le sol, comme pour se rapprocher du spectateur. Parfois même se glissant dans un recoin, l’intersection de deux murs, dans une volonté probablement pariétale. Petit à petit le système se complexifie, les bandes qui tiraient un trait d’un bord à l’autre jouent sur des effets de discontinuité. Elles s’assouplissent, intègrent la courbe. Elles retrouvent de l’épaisseur et finissent par se chevaucher. Le système évolue vers une émancipation qui attribue de nouvelles qualités expressives à l’épanouissement coloré, les tons s’avérant plus sourds, moins agressifs. Dans les années 80 puis 90, l’horizontale disparaît et le recouvrement « all over » des supports laisse place à un motif respirant généreusement dans l’espace. Il s’agit dans un premier temps du végétal dans des tons moins vifs, des gris notamment et des couleurs plus discrètes, les formes s’avérant plus souples, en rapport évident avec l’arabesque et autre figure décorative. Les années 2000 poursuivent cette évolution. Meurice se concentre sur une fleur, l’ipomée, qu’il représente sur des supports inédits (rideau de douche, bâche de poissonnier), dans sa forme stylisée, et exhibée frontalement, dans une perspective matissienne, sans perspective ni trompe l’œil illusionniste. Ainsi peut-on dire que l’œuvre de cet artiste, fidèle à la couleur et à la planéité de la surface, s’est constamment épanouie, à partir d’un florilège de couleurs dont il aura toute sa vie exalté les capacités matérielles, sur divers supports. Et que la fleur est le symbole même de cette libération des couleurs, sans doute aussi de la forme, du support et du dessin. BTN

A découvrir au Musée Fabre jusqu’au 29 avril à Montpellier. Tel: 04 67 14 83 00
museefabre.montpellier3m.fr/

NB : Quelques œuvres de Jean-Michel Meurice sont également visibles dans la galerie de Clémence Boisanté, 10 bd, Ledru Rollin, 0499617567, avec d’autres artistes de Supports-Surfaces et plus particulièrement André-Pierre Arnal. Jusqu’au 17 fevrier… 

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