Jean- Baptiste des Gâchons au musée de Collioure jusqu’au 27 janvier

Occuper plusieurs années de sa vie à réinterpréter Picasso, voici qui pourrait passer pour étrange. Mais après tout le maître lui-même n’a-t-il pas rendu hommage à ses prédécesseurs, Vélasquez, Manet et consorts ? En ces époques où chaque artiste s’approprie le moindre objet ou la moindre image, pourquoi ne pas s’approprier l’œuvre du Peintre par excellence qu’est le prolifique andalou, adopté par le France et le monde entier ? Au-delà de son caractère incontournable, pour qui s’interroge sur la Peinture, Picasso avait noué des liens assez forts avec la région catalane et Collioure en particulier… Enfin il demeurera toujours « un Mystère Picasso »  et l’on comprend qu’un jeune peintre ait voulu relancer la question du cinéaste (Clouzot). L’expo hivernale de la Villa Palm, outre qu’elle réchauffera les yeux de ses lumières vibrantes, ravira donc les amateurs de Picasso, les amateurs de peinture en général et ceux qui sont sensibles aux audaces conceptuelles et picturales. Deux types de travaux nous sont proposés : les grands classiques, Guernica, les Demoiselles, des portraits qui nous rappellent quelque chose (dont un autoportrait) dans une volonté de se confronter au maître ; des séries de liseuses et dormeuses plus apaisées, le tout dans une volonté évidente d’exalter la couleur et, de plus en plus, la ligne. Elle cerne les silhouettes et les formes dans un souci évident de sensualité. La Femme devient alors la métaphore de la peinture conçue comme un repos du guerrier ou du voyageur dans quelque port qui pourrait ressembler à Collioure. Le motif est traité par zones en aplats et le fond est en général neutre ce qui évite la distraction et nous permet de nous concentrer sur le sujet. C’est que les toiles de Picasso ne sont plus simplement des chefs d’œuvre que certains peuvent admirer dans les musées du monde entier. Elles sont devenues des images, largement diffusées, à l’instar de celles qui caractérisent notre quotidien. Ainsi a-t-on la possibilité de se les approprier et de les personnaliser, ainsi qu’un Warhol a pu le faire à partir de photos notables des célébrités. La proposition portuaire de Jean-Baptiste des Gâchons est donc plus subtile que d’aucuns pourraient le penser de prime abord. Elle ne témoigne pas d’une panne d’inspiration mais au contraire d’une exigence de se mesurer à l’œuvre la plus décisive de la Peinture de nos temps modernes, et qui fut signée Pablo Picasso. BTN

Jusqu’au 27 janvier, Villa Palm, Route de Port-Vendres, 0468821019

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