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Interview : Jean Varela, directeur du Printemps des comédiens « Il y a une interrogation des artistes sur l’état du monde »

30 Mai 2023 | Festivals, Hérault, Spectacles vivants, Théâtre

Il est le premier temps fort consacré à l’art dramatique, le Printemps des Comédiens propose chaque début d’été, une grande fête du théâtre. Cette édition ne fera pas défaut au gage de qualité de ce temps forts grâce à une riche programmation, invitant les meilleurs metteurs en scène internationaux. Mais surtout, outre la série de premières représentations françaises ou de créations, le Printemps des Comédiens marque une nouvelle étape de son histoire en produisant cette année, et pour la première fois, un spectacle. Entretien avec Jean Varela, directeur du festival. 

Cette 37e édition est marquée par une première dans l’histoire du festival : la production d’un spectacle, une création d’Ivo van Hove. Comment est né le projet et qu’est-ce que cela veut dire pour le Printemps ?

C’est un processus de longue haleine qui a commencé par une réflexion sur la structuration de la filière théâtre à Montpellier. Cela a mené à la création du Warm up, avec Julien Bouffier, et de du cycle de masterclass Campus. Et puis, est venu le projet de fusion du Printemps des comédiens et du Domaine d’O pour en faire un établissement qui pourrait devenir une cité européenne du théâtre. Il nous a alors semblé évident que le temps était venu de nous lancer dans la production de spectacles. Pour d’une part, affirmer ce nouveau lieu de création, que deviendra le Domaine d’O et, d’autre part, consolider la filière. Cela montre aussi que le Festival est maintenant solidement installé, qu’il a un public curieux et que le travail de fidélisation des artistes nous permet de les inviter à venir travailler, créer, répéter, ici à Montpellier. Nous nous inscrivons dans le paysage des festivals et des théâtres européens. La production d’un spectacle c’est une nouvelle étape qui marque 37 ans de travail.

Quel sera le sujet de la création d’Ivo van Hove ?

Cette création porte sur deux scénarios d’Ingmar Bergman. Avec la première pièce, Après la répétition, on plonge véritablement au cœur de du travail de l’acteur. Bergman y défend l’idée qu’avant, la répétition c’est déjà la fiction, pendant la répétition, c’est la fiction et, après la répétition, c’est encore la fiction. C’est-à-dire que les acteurs utilisent au plateau les sentiments et les émotions qu’ils ont accumulées dans la vie courante. Et, dans la vie courante, ils se servent du savoir-faire qu’ils ont acquis au plateau. Il y a alors comme un continuum de la fiction, avant et après la répétition. L’autre pièce, c’est Persona. Dans ce texte, une grande tragédienne répète Électre et va subitement perdre l’usage de la parole. On va la mettre en relation avec une infirmière et elles vont partir sur une île, dans une clinique. Progressivement, elles vont se révéler à l’une et l’autre, et l’actrice va rentrer en reconstruction.  Au plateau, on retrouvera deux acteurs qui vont du théâtre au cinéma et du cinéma au théâtre : Charles Berling Emmanuelle Bercot.

Concernant la mise en scène, on connaît la qualité la de direction d’acteurs d’Ivo van Hove. Ce que je peux vous dire, c’est qu’elle sera servie par une scénographie époustouflante qui va réserver une surprise esthétique extraordinaire par la transformation à vue de la scénographie d’Après la répétition pour devenir celle de Persona. Cette création partira jouer trois semaines au Théâtre de la ville à Paris, au grand théâtre de Luxembourg à Bruxelles, puis dans de nombreux théâtres en France.

Cette année les créations et coproductions sont également nombreuses. Pouvez-vous nous parler de certaines d’entre-elles ?

Oui, il y en a beaucoup ! On peut parler d’Extinction, la création de Julien Gosselin qui viendra avec les acteurs de la Volksbühne dont il est artiste associé, et des acteurs français de sa propre compagnie. Le spectacle sera en trois partie, la première sera un concert de musique électronique mêlée au texte de Schnitzler. On sera ensuite plongé dans la Vienne des années 1920 au moment où l’Europe connait son apogée civilisationnel, où l’on vit une sorte d’apocalypse joyeuse. La troisième partie, fera entendre des textes de la grande poétesse Ingeborg Bachmann et Extinction, le roman de Thomas Bernhardt. Cette pièce est comme la prise parole d’un ou d’une seule pour éviter l’effondrement moral du monde. Il y aura ensuite Sylvain Creuzevault qui créera avec sa compagnie, et des jeunes comédiens du Théâtre national de Strasbourg, un texte majeur de Peter Weiss, Esthétique de la résistance. On y suit le parcours d’un ouvrier allemand au moment de la République de Weimar, qui rentre en résistance et qui va trouver, par la fréquentation des œuvres d’art, la force de résister au régime autoritaire qui se met en place en Allemagne. On pourrait parler du spectacle de Laetitia Spigarelli, une jeune actrice vue chez Blanche Gardin ou chez Olivier Assayas, qui va créer Histoire(s) de larmes. Il y a aussi ce Kafka que monte Georges Lavaudant, Rapport pour une académie, avec le merveilleux Manuel Le Lièvre ; la création de Séverine Chavrier, Rosa, à partir du roman Sanctuaire de Faulkner dont  Malraux a dit que c’était l’éruption de la tragédie antique dans le roman policier. On pourrait encore parler du diptyque de Marie Lamachère à partir de deux Shakespeare : Le Songe d’une nuit d’été et La Tempête, avec des acteurs de sa compagnie et de La Bulle Bleue. Et puis la création de Charles Berling, Philippe Collin et Violaine autour de la vie de Léon Blum. Ce sera un spectacle participatif, joyeux, musical, avec le Chœur de l’Opéra de Montpellier, des musiciens, un bal.

« La production d’un spectacle est une nouvelle étape qui marque 37 ans de travail »

Autre point important de cette programmation, les spectacles proposés avec le Centre culturel suisse.

Oui, c’est un focus que l’on a créé avec le Centre culturel suisse autour de la venue du formidable François Gremaud. Il vient donner le diptyque Gisèle… avec la danseuse Samantha van Wissen, et Carmen avec la formidable Rosemary Standley. Autour des spectacles, on a imaginé un focus sur la création en Suisse avec des petites pépites comme Bande originale, Aller sans savoir où… Il y a aussi la création de Séverine Chavrier, directrice de la Comédie de Genève. Cette dimension européenne, et internationale, on la retrouve avec d’autres spectacles de la programmation. Notamment avec Der Wij du metteur en scène russe Kirill Serebrennikov qui vient avec ce spectacle hommage aux résistants, sur la situation Ukraine-Russie, en adaptant un texte de Gogol. Un peu plus loin, il y a la première en France d’Oasis de la impunidad du Chilien Marco Layera ou les Libanais Lina Majdalanie et Rabih Mroué avec Hartaqāt.

Le Printemps des Comédiens poursuit également son soutien à la jeune génération et aux artistes du territoire…

Le Printemps soutient toujours la jeune génération française et des artistes du territoire. Cette année, il y a Marion Coutarel avec Ismène qui sort du Warm up de septembre d’ailleurs ou Marie Lamachère. Warm up qui se poursuit et se tiendra les 16 et 17 juin avec toujours cette idée de repérer des projets, de présenter des étapes de travail pour les confronter aux professionnels et au public et en accompagner certains.

Finalement, si l’on devait trouver un ou plusieurs liens dans cette programmation ?

D’abord, il y a ce lien entre le théâtre et le cinéma puisqu’il y a Bergman, il y a Charles Berling, il y a. Laetitia Spigarelli, Emmanuelle Bercot. Il y a aussi ce théâtre filmique de Julien Gosselin. Et puis, ne pas oublier que symboliquement, c’est Léon Blum et Jean Zay qui pour lutter contre la propagande de la Mostra de Venise, vont créer le festival de Cannes. Donc il y a cette relation théâtre-cinéma. Et puis, il y a une interrogation des artistes sur l’état du monde et notamment l’état de l’Europe. Je pense que ce qui va sortir de ce festival, c’est que les artistes n’assènent pas de réponse, mais plutôt nous permettent le questionnement et nous permettent de faire face par un théâtre joyeux, populaire, aux grandes incertitudes du temps.

Recueillis par EG

Le programme : 

Au Domaine d’O :

Du 1ᵉʳ au 4 juin, :  Après la répétition/Persona, Ivo van Hove.

Du 2 au 4 juin : Extinction, Julien Gosselin.

Du 1ᵉʳ au 4 juin, les 7, 8 et 10 juin : Ismène, Marion Coutarel.

Du 1ᵉʳ au 4 juin, et du 7 au 10 juin : Anatomie du désir, Boris Gibé.

Du 2 au 4 juin, et du 7 au 10 juin : Rapport pour une académie, Georges Lavaudant.

Du 2 au 4 juin : Devant vous, Brigitte Negro.

Du 7 au 10 juin : Création 2023, Centre des arts du cirque Balthazar.

Du 8 au 10 juin : Ubu, Robert Wilson.

Les 9 et 10 juin : Esthétique de la résistance, Sylvain Creuzevault.

Les 9 et 10 juin : Léon Blum, une vie héroïque, Philippe Collin, Violaine Ballet et Charles Berling.

Les 12 et 13 juin : Yé! (L’eau), Circus Baobab.

Les 12 et 13 juin : Oasis de la impunidad (L’oasis de l’impunité), Marco Layera.

Jeu. 15 juin : Aller sans savoir où, François Gremaud.

Les 16 et 17 juin : Carmen, François Gremaud.

Les 16 et 17 juin : Der Wij (Le Vij), Kirill Serebrennikov.

Du 15 au 17 juin : Rosa, Séverine Chavrier.

Les 16 et 18 juin : Giselle…, François Gremaud.

Dans la métropole :

Les 2 et 3 juin, au Kiasma : Même si le monde meurt, Laëtitia Guédon.

Du 2 au 4 juin, au Hangar Théâtre: Histoire(s) de larmes, Laetitia Spigarelli.

Du 2 au 4 juin, et du 9 au 11 juin, au CDN Théâtre des 13 vents : La Tempête / Le Songe d’une nuit d’été, Marie Lamachère.

Du 2 au 4 juin, Hangar Théâtre : J’ai une épée, Léa Drouet.

Du 8 au 10 juin, Hangar Théâtre : Hartaqāt (Hérésies), Lina Majdalanie et Rahib Mroué.

Les 13 et 14 juin, Hangar Théâtre : Bande originale, Old Masters.

Les 16 et 17 juin, Hangar Théâtre : Le Souper, Julia Perazzini.

 

Le Printemps des comédiens, du 1er au 17 juin à Montpellier.
printempsdescomediens.com
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