Costa-Gavras était présent pour l’ouverture du Cinemed. Le réalisateur venait présenter son nouveau film, Adults in the Room. Cette légende du cinéma qui a remporté beaucoup de « quincailleries » comme il dit (deux Oscars, une palme d’or et beaucoup d’autres récompenses) s’est présenté en conférence de presse avec une grande simplicité.

Vous sortez Adults in the Room, pouvez-vous nous présenter ce film ?

C’est un film sur nous, les européens, mais aussi sur l’Europe et sur la crise grecque. Il montre comment l’Europe ne s’est pas comportée de manière cohérente et sympathique en ce qui concerne la crise grecque, en demandant aux grecs de faire des choses qui étaient impossibles à faire. C’est essentiellement ça le film, une sorte de tragi-comédie que les grecs ont vécu et vivent encore depuis une dizaine d’année, et dont l’Europe ne semble ne pas trop s’intéresser.

A l’origine de votre projet, il y a un livre ?

Oui à l’origine c’est un livre écrit par le ministre des finances grec qui a négocié cette énorme dette à l’Eurogroup, cette dette dont tout le monde savait qu’elle ne pouvait pas être payée, mais l’Europe insistait. Les autres pays disaient « il faut la payer, il faut la payer, il faut la payer… », mais dans les coulisses tout le monde savait que c’était impossible à payer. C’est cette relation un peu schizophrénique que je raconte dans le film avec beaucoup d’ironie.

Le spectacle et la politique sont-ils liés ?

Vous savez, le spectacle a toujours joué un rôle depuis l’Antiquité, un rôle d’intermédiaire dans la société, à commencer par Œdipe, par Iphigénie… Et puis par Molière qui a fait des choses fabuleuses en parlant de la société par des métaphores. Il y a aussi Shakespeare… Enfin tous les grands auteurs de théâtre ou de cinéma ont parlé de la société. C’est ce que je fais aujourd’hui avec ma sensibilité personnelle , et avec les événements actuels qui sont différents de ceux du passé, donc ça fait des films un peu différents. Le public aussi a beaucoup changé. Donc je compte beaucoup sur ce nouveau public pour voir et comprendre ce que je fais.

Ce nouveau public est-il en majorité pour l’Europe ?

Absolument, l’Europe est essentielle pour notre continent, pour son économie bien sûr, pour sa culture, mais surtout pour créer une société plus sociale. Mais malheureusement l’Europe aujourd’hui ne s’occupe que de l’économie, comme si c’était un grand supermarché : « on rentre, on achète avec la même monnaie… » Il faut que ce soit beaucoup plus, que le culture ait une meilleure place, et que la pédagogie et le social aussi aient une bien meilleure place que l’économie. Il ne faut pas oublier que c’est dans ces conditions là et dans ce projet là que l’Europe a été crée et a fonctionné pendant quelques temps. Mais depuis quelques années elle ne fonctionne pas du tout dans ce sens.

Comment voyez-vous l’avenir du cinéma ?

Le cinéma il faut que ce soit libre, qu’il ait les moyens d’exister. Je pense que chaque pays, comme la France, doit avoir son propre cinéma national, mais ça ne peut pas se faire s’il n’y a pas une forte volonté politique. La France a cette volonté, c’est pour ça que son cinéma existe et qu’il produit beaucoup d’œuvres de grande qualité qui font souvent le tour du monde. Il ne fait pas les mêmes recettes que celles des américains, mais c’est peut-être le deuxième cinéma dans le monde après le cinéma américain. Et ça, c’est grâce à sa liberté et aux moyens d’exister qui lui sont offerts directement ou indirectement par l’état.

Retrouvez notre interview vidéo ici (recueilli par Thibault Loucheux):