« On est bien peu de chose et mon amie la rose me l’a dit ce matin… »

Un matin de juillet à Tours sous un ciel lumineux qui nous annonçait encore une belle journée… et qui soudain s’obscurcit à l’ombre d’une étoile qui dans la nuit de dimanche à lundi 18 juillet s’est envolée. La chanteuse Dani nous a quittés et une immense vague d’émotions et de témoignages d’amour ont depuis déferlé dans les médias et sur la toile.

Dani s’en est allée et avec elle c’est toute une génération qui pleure celle qui avait incarné cette jeunesse radieuse, insouciante, expressive et créative des années 1960-1970. Touchante et fragile, l’artiste au talent velouté, à la voix envoûtante et singulière, nous offre en partage le souvenir d’éblouissantes images sur papier glacé et d’étonnantes mélodies inoubliables.

Retour sur un parcours artistique singulier

Née à Castres, c’est à Perpignan, où ses parents sont commerçants, qu’elle passe son enfance et son adolescence. À l’âge de 19 ans, elle décide de rejoindre Paris pour suivre des cours à l’École des Beaux-Arts. Avec son physique atypique, sa coupe de cheveux à la garçonne et un tempérament bien trempé, la provinciale fait sensation dans la capitale. Elle se présente spontanément à la rédaction de Jours de France qui lui propose un test photo, une semaine plus tard… elle est en couverture du célèbre magazine. La carrière de Dani est lancée ! Elle devient mannequin de l’agence Catherine Harlé, fréquente les lieux parisiens à la mode comme Castel ou Le Café de Flore.

Égérie des plus grands photographes de mode des années 60 (Benjamin Auger photographe de Salut Les Copains, qui deviendra son mari, Jean-Marie Périer, Jean-Baptiste Mondino, Helmut Newton et Richard Avedon), elle est remarquée par le célèbre peintre Bernard Buffet qui apprécie son côté modèle androgyne et esquissera son portrait.

En 1966, après une audition réussie chez Pathé-Marconi, la jeune Dani se lance dans la chanson et enregistre son premier disque Garçon manqué.  Suivra une tournée en première partie des concerts de Salvatore Adamo.

Sa première télévision aura lieu un an plus tard, en 1967, dans l’émission Vedettes à la carte produite Mick Micheyl. Dani y interprète La machine, une chanson ironique sur le danger des machines à sous, signée de la plume du célèbre dandy Frédéric Botton.

En 1968, le titre Papa vient d’épouser la bonne connaît un succès populaire inattendu qui propulse Dani au rang des chanteurs yé-yés en vogue et permet à son premier album en 1970, de remporter le très convoité Grand Prix du Disque de l’Académie Charles Cros. Dani se produira ensuite à l’Alhambra dans le spectacle de Tom Jones puis chantera à Bobino en 1971 avant d’être dirigé par Jean-Marie Rivière qui lui proposera de mener la revue de l’Alcazar jusqu’en 1974.

La nuit américaine

La rencontre avec François Truffaut en 1973 et le rôle qu’il lui propose dans son film La nuit américaine sera magique pour la suite de sa carrière cinématographique : « Elle est d’une sincérité étonnante, elle joue la comédie comme un plombier, c’est pour cela que j’ai eu envie de travailler avec elle. »

Elle enchaînera avec L’amour en fuite, tournera au cours de sa carrière avec Roger Vadim, Georges Lautner, François Truffaut, Édouard Molinaro, Claude Chabrol, Danièle Thompson, Josée Dayan, jouera à la télévision aux côtés entre autres de Michel Bouquet ou Claude Jade.

L’année 1974 est une année importante dans la vie de l’artiste qui fête ses 30 ans.

© archives de WPA

Le film La nuit américaine remporte l’oscar du meilleur film étranger. Elle prépare l’Eurovision où elle portera une création couture signée Loris Azzaro, spécialement conçue pour l’événement. Sur les conseils d’Alain Delon, elle ouvre L’Aventure, un club chic parisien, version française du mythique Studio 54 de New-York et qui deviendra le lieu incontournable des nuits branchées de la capitale. Dani, reine du « Paris by night » des années 70, des années d’euphorie et d’excès qui selon ses propres termes ont failli la perdre !

Eurovision : le rendez-vous manqué !

En 1974, elle est sélectionnée parmi 196 chansons reçues par l’ORTF pour représenter la France à Brighton au concours de l’Eurovision avec la chanson Y’a pas d’mal à s’faire du bien, un titre jugé osé pour le concours rebaptisé La vie à 25 ans. La mélodie est entrainante et le charisme de la chanteuse classe la France parmi les favoris des bookmakers londoniens ! Mais au cours des répétitions, on apprend le décès du président Pompidou, la France retire sa participation pour cause de deuil national.

On ne sera jamais si la chanteuse Dani  aurait apporté à la France, une victoire de la chanson européenne !

L’année suivante, Dani se voit à nouveau proposer l’Eurovision, Elle impose Serge Gainsbourg comme auteur qui lui écrit Comme un boomerang, mais les paroles de la chanson jugées trop agressives, sa candidature est rejetée. Elle propose alors Paris-Paradis, une chanson de Christine Fontane, mais lors de la sélection nationale, elle n’est pas retenue…

Consolation, Dani assure en 1975, la première partie de la tournée de Claude François.

Les paradis artificiels

Après avoir été la reine des nuits de Paris, Dani va connaître une période difficile qu’elle racontera plus tard avec réalisme et sincérité dans un livre Drogue, la galère, sorti en 1987 aux Éditions Michel Lafon. Pendant plus de dix ans sa carrière est mise entre parenthèses et elle n’apparaîtra que très rarement sur scène, au cinéma ou à la télévision.

Comme un boomerang, elle a traversé les époques et les épreuves de la vie, rebondissant des nuits obscures de ses paradis artificiels, de ses amours cruels et de ce show-bizz superficiel.

© archives de WPA

Au nom de la rose                                                                                                           

L’artiste a clos un chapitre et retrouvé un peu de sérénité parmi les fleurs et pas n’importe quelle fleur : la rose, dont elle peut vous parler avec passion pendant des heures. Rosiériste dans l’âme, elle cite d’innombrables variétés aux couleurs soyeuses ou éclatantes, nous fait découvrir des feuillages, des veloutés extraordinaires ou des parfums uniques. Elle nous explique que la rose par sa diversité et ses origines est l’unique fleur qui mérite qu’on lui crée un écrin. Plusieurs boutiques à Paris et en Province sous différentes appellations vont ainsi voir le jour.

Comme un boomerang : un rebondissement                                                              

En 2001, son ami et complice de toujours, Étienne Daho, lui propose de remettre sur les rails sa carrière artistique en sommeil et la persuade de ressortir des cartons ce fameux Comme un boomerang que lui avait écrit et composé, en 1975, le grand Serge Gainsbourg. Dani n’y croit pas vraiment, mais c’est sans compter sur le génie artistique d’Étienne Daho qui va adapter et réactualiser ce chef d »œuvre oublié. Le succès sera au rendez-vous et relancera la carrière de Dani. Comme un boomerang, qu’elle interprète en duo avec Étienne Daho sera certifié disque d’argent, classé numéro 6 des ventes de disques en France et nommée dans la catégorie « Chanson originale » aux Victoires de la Musique.

2005, Alain Chamfort lui demande d’enregistrer un titre Reine d’Autriche en duo sur son nouvel album Impromptu dans les jardins du Luxembourg. En 2007, Dani est nommée pour le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour le film Fauteuils d’orchestre de la réalisatrice Danièle Thompson.

2010, le très bel album Le Paris de Dani, dédié à son amour pour la ville lumière, est accueilli avec enthousiasme par les médias et permet à l’artiste de retrouver la scène et son public au cours de nombreux concerts en France et à l’étranger.

On la retrouve sur France Inter, en 2016, où elle anime une série de Carte Blanche le samedi soir. Cette même année, sort chez Flammarion une autobiographie La nuit ne dure pas

2017, elle est présente sur l’album Elles et Barbara avec une reprise originale du titre de la dame en noir Si la photo est bonne. Ces dernières années, elle avait tourné pour plusieurs téléfilms et séries télévisées à succès comme Capitaine Marleau sous la conduite de Josée Dayan. En 2020, au cinéma, elle apparaît dans le film Bronx d’Olivier Marchal, et musicalement sort l’album Horizons dorés avec notamment Kesta kesta un duo explosif avec JoeyStarr.

2022, avec Émilie Marsh, son alter ego musical, son producteur et manager Lambert Boudier sans oublier ceux qu’elle appelait affectueusement « sa garde rapprochée », elle terminait un dernier album intitulé Attention départ… Peut-être un message personnel en signe d’adieu à ceux qui illuminaient sa vie en musique et en chanson.

Ce n’est qu’un au revoir

Les artistes ne disparaissent jamais réellement et brillent toujours au firmament de nos souvenirs. De nature discrète, sans fards, ni artifices, l’artiste, la femme nous a enchantés, nous a étonnés et nous a rassemblés dans un écrin musical et artistique qu’elle nous offre désormais pour l’éternité.

Le mardi 26 juillet avait lieu les obsèques de cette artiste iconoclaste en la magnifique cathédrale Saint-Jean Baptiste de Perpignan, décorée pour la circonstance de brassées de roses, fleurs si chères dans le cœur de Dani.

Parmi les personnalités venues lui rendre un dernier hommage : Gérard Lanvin, Mathilde Seigner, Anthony Delon, Cali, Émilie Marsh, sa guitariste. On notait également la présence de Louis Aliot, maire de la ville de Perpignan.

Une pensée particulière pour ses deux fils Emmanuel et Julien, ses quatre petits-enfants, ses proches, ses fidèles amis de toujours parmi lesquels Françoise Quinta et Jo Maso   ainsi que les innombrables et illustres inconnus qui ont fait de Dani ce qu’elle a toujours été, une artiste multiple, généreuse, amoureuse de la vie et des gens.

De ses mots : « Ma vie… Est-ce qu’on m’a choisie ou est-ce moi qui ai choisi ? Va savoir ! Dans mon ciel, je n’ai suivi que les bonnes étoiles, celles qui m’ont toujours tendu la main, en laissant derrière moi les revers. Merci à tous ceux qui m’ont aimé dans l’ombre et dans la lumière. »

Alexandre Blondin, juillet 2022