« Granma. Les trombones de la Havane » au festival d’Avignon

Photo © Christophe Raynaud de Lage

Granma est le nom d’un navire qui transporta en 1956, du Mexique jusqu’à Cuba, près d’une centaine de révolutionnaires dont Che Guevara et Fidel Castro. Un débarquement plutôt catastrophique qui coûta la vie à près des deux tiers des guérilleros à bord. Le bateau, du moins sa reproduction, est aujourd’hui objet de culte au Musée de la révolution cubaine, il a légué son nom au journal officiel du parti diffusé en masse sur l’île. Que reste-t-il aujourd’hui de cet héritage, de quelle façon peut-il être opératoire pour construire un futur ? C’est la question que pose le metteur en scène zurichois Stefan Kaegi avec son collectif Rimini Protokoll dans « Granma, les trombones de la Havane » présenté au festival d’Avignon dans le Cloître des Carmes. Sans apporter pour autant de réponse claire ou convaincante, mais au théâtre comme en philosophie les questions sont plus importantes que les réponses.
Le collectif Rimini, l’un des grands inventeurs du renouveau du théâtre documentaire, met en scène ce qu’il appelle des « experts du quotidien », souvent sous la forme d’interventions dans l’espace public comme cela fut le cas à travers les rues d’Avignon dans un festival précédent. Après avoir mené des ateliers théâtraux à La Havane, Stéphane Kaegi a réuni quelques représentants de la jeune génération cubaine qu’il fait dialoguer avec celle des grands-parents, la plupart acteurs directs de la révolution. Il en a choisi quatre, qui ont entre 25 et 35 ans, présents à Avignon. Un traducteur, Daniel, une professeure d’histoire, Milagro, un informaticien, Christian, une musicienne, Diana. Chacun d’entre eux compte un grand-parent qui a participé à la révolution. Le grand-père de Daniel, Faustino Pérez, faisait partie de l’équipée du Granma avec Fidel Castro et Che Guevara. Celui de Christian, militaire, a participé à la bataille victorieuse de la baie des Cochons lors de la tentative de débarquement des opposants à Castro aidés par la Cia, puis s’est battu en Angola pour soutenir les soulèvements anticoloniaux. Celui de Diana était chanteur dans l’Orquesta Maravilla de Cuba, qui jouait devant les troupes mobilisées dans les pays amis. Quant à la grand-mère de Milagro, elle était une ardente militante de son comité de quartier.
Jusqu’où s’identifier à ces récits pour la jeunesse cubaine ? C’est l’une des principales questions du spectacle qui croise récit subjectif et récit officiel pour tenter d’y apporter un début de réponse. On assiste au dialogue, avec la sensation du direct assez bien rendue, entre petits enfants au plateau et grands-parents dont l’image et les propos sont retransmis sur des écrans, accompagné de photos d’époque et de reportages qui nous permettent de mieux cerner la personnalité des uns et des autres. Tantôt drôle et émouvant. L’impression qui s’impose à travers cet assemblage un peu rafistolé est la forte adhésion du peuple cubain aux idées de la Révolution, celles léguées par le premier héros national José Marti, avant la crise de 1962, l’alignement sur Moscou et le « périodo especial » qui suivit la fin de l’aide soviétique après la chute du mur.
Face à la pénurie et au maintien d’un embargo américain dont les effets se font encore sentir dans le Cuba d’aujourd’hui, les habitants de l’île remédient aux situations du quotidien avec un talent d’imagination débordant et un art du bricolage inouï. Comment préparer un bon repas avec deux ou trois ingrédients, comment bricoler un moteur avec un tournevis et quelques bouts de ficelle, ils inventent mille et une réponses. C’est un peu de l’esprit de cette gestion talentueuse du manque, cet art du bricolage qu’on retrouve dans ce spectacle, avec une belle inventivité et une générosité qui ne sauraient en dissimuler les insuffisances.

Granma. Les Trombones de la Havane. 20, 22 et 23 juillet au Cloître des Carmes.

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