Ouverture réussie du festival d’Avignon avec une Antigone mise en scène par Satoshi Miyagi dont les codes esthétiques ont conquis la Cour d’honneur du Palais des Papes.

Il n’est plus un inconnu à Avignon depuis qu’il a créé en 2014 un épisode du Mahabharata dans la carrière de Boulbon, à l’endroit même où Peter Brook avait écrit une page de la légende du festival avec cette même pièce, trente ans auparavant. L’Antigone de Sophocle donne à Miyagi l’occasion d’investir la Cour d’honneur du Palais des Papes pour y déployer une méthode particulière qui consiste à diviser le jeu d’acteurs en deux camps : les movers et les speakers. Les premiers interprètent le texte corporellement, les seconds le disent dans une quasi immobilité, l’intensité dramatique provenant évidemment du contrepoint qu’offre les uns aux autres.

Et ça marche. On se demandait quel travail de mise en scène pouvait remettre au goût du jour l’une des pièces antiques les plus jouées au monde. Antigone la rebelle, qui défie les lois de la cité en offrant une sépulture digne à son frère Polynice, enfreignant ainsi l’interdiction faite par le roi Créon qui ne tardera pas à châtier l’insoumise. Le deux en un de Miyagi, deux acteurs pour un rôle, fonctionne parfaitement dans l’écrin de la Cour, cadre majestueux qui lui permet de déployer une esthétique théâtrale des plus envoûtantes.

Entièrement noyé sous l’eau, le plateau de la Cour est le théâtre d’un lent défilé d’une trentaine d’acteurs et de musiciens, formidable ensemble dont se détachent les percussions pour souligner les temps forts de l’action sans les surligner. Leurs déplacements au ralenti donnent au spectacle une géométrie solennelle qui n’est pas sans rappeler les rites funéraires japonais. Presque deux heures de spectacle, ce qui est relativement court dans ce lieu emblématique du festival d’Avignon, durant lesquelles on ne s’ennuie jamais et dont on ressort avec la sensation d’avoir assisté à une cérémonie d’initiation, entre fascination et parfois quelque perplexité.
Luis Armengol

Antigone, jusqu’au 12 juillet au Palais des Papes à Avignon.