« Femmes années 50 » Musée Soulages de Rodez : visite virtuelle par BTN

Depuis quelques jours, de nombreuses structures culturelles ont dû fermer leurs portes. Pourtant, elles avaient travaillé sur des expositions de grande qualité. BTN vous propose une visite virtuelle de ces lieux en vous partageant ses textes qui pourront vous rapprocher au plus près de ces expositions.

Femmes années 50, au fil de l’abstraction, au Musée Soulages à Rodez.

Il suffit de feuilleter les catalogues des grandes tendances de l’art moderne ; et même de la fin du siècle précédent, pour réaliser la part réduite laissée aux femmes comme si l’art avait toujours été une activité noblement masculine. Les choses s’équilibrent et bien des noms sont aujourd’hui réhabilités. C’est un peu la raison d’être de cette exposition, exclusivement féminine, à la fois hommage à la critique Geneviève Bonnefoi, qui vient de décéder, et au maître de Rodez qui du haut de son centenaire a pu assister à l’émergence de la quarantaine d’artistes présentes ici.

A commencer par Sonia Delaunay, leur maman à toutes et ses fameux cercles colorés qui définissent l’orphisme, à l’avant-garde déjà dans les années 20 (elle a illustré le Transibérien, de Cendrars, ouvrage qui atteint des cotes inouïes aujourd’hui!). Mais qui ne connaît pas, parmi les passionnés de peinture, les tableaux kafkaïens, labyrinthiques surchargés de traits et cloisonnements de Vieira da Silva, vénérée avec raison au Portugal et très présente dans les musées français. De même, ceux qui savent combien l’expressionisme abstrait, a bouleversé les hiérarchies au profit de l’Amérique, ont sans doute repéré les harmonies lyriques de Joan Mitchell, l’égale des plus grands peintres mâles de sa génération. La sélection, très pointue, met en exergue des individualités moins connues du grand public mais reconnues depuis belle lurette des spécialistes et collectionneurs : je parle de Shirley Jaffé, dans un esprit plus « color-field », plus doux que sa consœur transatlantique (elle a réalisé les vitraux de la Funeraria de Perpignan) ; de Vera Molnar une pionnière des dessins par ordinateur ; de Christine Boumeester que notre Hélène Trintignan a si souvent exposée naguère en sa galerie montpelliéraine (et qui semblait se situer sur la limite sensible séparant abstraction surréaliste et figuration paysagiste), à Pierrette Bloch à qui récemment la galerie municipale des Arts, de Bages (Aude), a rendu hommage, amie d’enfance de Soulages et spécialiste des lavis tachistes sur papier ; Geneviève Asse et ses grandes toiles d’un paysagisme abstrait tirant sur le monochrome et dont le musée Fabre a acquis quelques œuvres, dont ses bleus uniques et distincts d’Yves Klein ; il faudrait y ajouter l’abstraction géométrique d’une Aurélie Nemours ou de Geneviève Claisse ; les éclatements de Judith Reigl, l’impressionnisme abstrait de Shirley Goldfarb tant appréciée de Michel Butor tout comme la  russe Anna Stavitsky… On ne peut les citer toutes. Qu’il me suffise de dire que je n’ai fourni qu’un petit aperçu de ce qui nous attend dans la salle temporaire du musée Soulages, d’autant que je n’ai pas cité les sculptrices, à l’instar de Martha Pan et de ses mâchoires de bois, très suggestives.

Suivra une exposition de Fernand Léger, à partir du 13 juin, un peintre engagé, féru de mécanisme et hanté par le rôle de la machine dans nos modes de vie. Un hymne aussi à la production des hommes et aux vertus de la couleur. Il serait dommage de ne pas profiter du voyage pour faire un saut au musée Denys Puech (0565778960, place Clémenceau) où la photographe Edith Roux expose des séries diverses témoignant de son intérêt critique pour le rapport de l’homme à son environnement Il s’agit de travaux de Suspensions, de sa rencontre avec les gens du pays ruthénois ou de son regard est sans conteste confraternel (Nous sommes tous des passagers ou passagères), ce qui n’exclut pas la poésie (Les passantes), la nostalgie (Papier peint) ou l’hommage à des références majeures (Blow up).

BTN 

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