Les expositions de décembre par BTN

Dolors Rusinol Masmaron - La galerie Odile Oms Céret

Commençons par Montpellier et son Parfum de femmes, une exposition d’œuvres du courant Figuration narrative, galerie Clémence Boisanté, jusqu’au 6 janvier. 5 artistes ont été retenus, et pas des moindres, s’opposant, dans les années 60-70 aux diverses formes de l’abstraction en voie d’académisation. A commencer par Jacques Monory, avec une scène de meurtre dont il a le secret, dans des tonalités bi-chromes, et une précision iconique qui ont pu le rapprocher d’un certain hyperréalisme. Erro n’est pas en reste avec son graphisme flamboyant très proche de la bande dessinée, violente et érotique, avec des toiles saturées, anticipant quelque peu sur notre figuration libre. Bernard Rancillac également  n’a pas hésite à puiser dans la culture populaire et les arts dits mineurs. En témoigne ses personnages de Disney qui l’ont rendu célèbre. Mais Rancillac excelle à peindre des femmes désirables, mollement alanguies sur un tapis décoré par Warhol ou surgissant d’une urne féconde. Peter Klasen, connu à la base pour ses dos de camion, combine sur la surface diverses images empruntées à la réalité quotidienne, au domaine des signes ou signaux,  et à l’univers de la publicité dans un souci de précision et d’unité visuelle. Enfin, Gérard Guyomard, le moins célèbre, est beaucoup plus allusif, se contentant de grandes lignes ou de vagues contours dans ses portraits. Dans l’ensemble ces peintres se montrent généreux, dans l’emploi de la couleur, dans l’occupation de la surface et bien sûr dans leur conception de l’image, chacun se définissant par un style propre. Un mouvement important un peu trop vite oublié…

Galerie Al/ma, nous retrouvons Vladimir Skoda, sculpteur pilier de la galerie, jusqu’au 27 janvier. Des œuvres en acier forgé sous forme de sphères, de tores ou couronnes, de miroirs muraux, de masses murales mais aussi de dessins, toujours à base circulaire mais prenant d’autant mieux une connotation cosmique. Au milieu de la galerie, un ludique ressort vibrant donne l’illusion qu’une sphère réfléchissante essaie désespérément de monter vers le plafond, image quasi mythique de la condition humaine, et qui peut rappeler les grands supplices infernaux (Sisyphe, Tantale…). Les miroirs se taillent la part la plus remarquable de cette exposition d’autant que Skoda sait décliner sa sphère de multiples façons, et chacun d’eux déforme la réalité jusqu’à la transformer radicalement, favorisant des appréhensions totalement inattendues, et perturbantes, de l’espace. L eplus spectaculaire vibre et forme comme une antenne satellite au mur. N’en serait-il pas de même si nous évoluions avec d’autres critères sensoriels et mentaux que ceux qui nous sont coutumiers. Les pièces murales, aplaties, abstraites et massives donnent l’impression d’avoir affaire à des peintures en relief qui se seraient émancipées du tableau. Les sphères au sol enfin témoignent de la grande dextérité et inventivité de l’artiste. Tantôt lisses, tantôt laissant apparaître leur stigmates…

A Nîmes, Adoue de Nabias présente, jusqu’au 23 décembre, certains artistes de la galerie : Yves Reynier et ses collages sur ardoises, Anne Slacik et ses œuvres épurées, fluides et séduisantes, Thomas Verny et ses petits paysages d’une élégance rare… La surprise vient de la présence d’un dessin assez rarissime de Picabia, période figurative, et de gouaches ou aquarelles de PAB (Pierre André Benoit), lesquelles, par leur simplicité et leur finesse, produisent toujours leur petit effet. De nouveaux venus font leur apparition, dont André-Pierre Arnal, avec une œuvre historique de Supports-Surfaces (cf. Carré d’art) période pliage et impression minimale, plutôt géométrique. Mais APA présente aussi des ardoises avec arrachements, et des œuvres sur papier avec le même procédé qui est devenu sa marque de fabrique ou son image de marque. On attend une expo perso de ce peintre à redécouvrir en juin. David Bioulès a réhabilité de son côté des objets du quotidien, ou de bricolage, sur fond neutre, les faisant ainsi accéder, frontalement  et démesurément agrandis, au royaume des yeux. François Deverre présente de petites pièces dont elle a le secret.  Il faut y ajouter des dessins de Serge Plagnol ou de Claude Buraglio, entre autres… Et ses noms qui nous sont moins familiers mais auxquels semble attaché le galeriste (Tony Perrelo, le catalan Jean Lloveras, Benoit Pingeot)… Une galerie qui s’impose petit à petit dans le paysage nîmois.

Du côté de Céret, dans les PO, après notre Fabien Boitard préféré, La galerie Odile Oms, expose, jusqu’au 2 février, l’artiste catalane Dolors Rusinol Masmaron. Ses toiles ouvrent les portes d’un univers dépouillé, où la ligne d’horizon conduit vers un fond improbable, à l’atmosphère clairement métaphysique. Des personnages passent, vaquent à leurs occupations, parfois manipulent des objets invisibles comme si la vie n’avait pas de sens. Certains interrogent visuellement la terre comme mappemonde ou planisphère. D’autres sont prisonniers du temps des horloges au point d’en perdre leur visage. On en voit même demeurer perplexes devant des œuvres d’art. L’ensemble donne un sentiment de solitude. Et en même temps ces personnages nous semblent d’une inquiétante fraternité. On s’en sent proches. Une exposition qui au bout du compte n’est pas aussi pessimiste qu’il n’y paraît car si elle pointe du doigt la condition humaine, il s’avère que le regard du peintre finit par nous la rendre rituelle. Plein de tendresse, il nous la renvoie proche et familière.

A Toulouse, galerie Barres Rivet, jusqu’au 20 janvier, un peintre nîmois qui s’est petit imposé à l’égal des plus grands, Stéphane Bordarier (Présenté naguère au Musée Fabre et à Carré d’art, excusez du peu). Il est vrai que son œuvre demeure difficile pour les profanes. Elle s’est focalisée sur la couleur, évoluant progressivement vers une certaine monochromie, à l’huile et acrylique, mais jamais la peinture ne recouvre la totalité de la surface. C’est même par l’évitement systématique des coins et côtés que son œuvre se caractérise. Ainsi, en se concentrant sur une couleur à même de couvrir la surface de la toile, Stéphane Bordarier, produit-il une infinité de variations possibles à partir d’un motif, que l’on ne peut pas dire unique vu que chaque toile diffère de la précédente ou de la suivante. En gros il s’agit d’une tache mais justement : une tache qui nécessiterait une tâche précise et maîtrisée. Il est d’ailleurs intéressant de souligner le contraste entre le cœur, souvent imposant, de l’étendue colorée, jamais pris en défaut, et les contours, qui se permettent sciemment certaines imprécisions. Soit que l’artiste se veuille à la recherche d’une unité centripète à partir d’un cadre prédéfini, soit au contraire que les limites et contours puissent se permettre une fine relâche, après une phase de concentration optimale. Le résultat est toujours visuellement irréprochable et réussi. Stéphane Bordarier expose également à Marseille jusqu‘au 27 janvier (Gal, Béa Ba, sur le vieux port, 0967256889) avec Jean Laube et Claude Viallat. Excusez une nouvelle fois du peu. BTN

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