Il  reste à peine une dizaine de jours pour se familiariser avec les journées de l’amour, sous l’égide de Christy Puertolas, commissaire de la 18ème édition à l’instar des précédentes. La chapelle du Quartier haut, s’avère en l’occurrence traversée d’un cœur monumental rouge et arachnéen, graphique, évidé et tout en légèreté, de Laura Boin, laquelle propose, du côté de l’ancien chœur désaffecté, des dessins à la mine de plomb, dans un esprit  à la fois fantastique, érotique et d’une inquiétante étrangeté. Amélie Joos travaille un peu dans le même esprit mais en isolant les personnages, en les laissant flotter au cœur de l’espace, de manière ludique et enfantine. Elle recourt à des couleurs vives, laissant pressentir une menace comme si le désir était toujours entaché de drame. Les textes, affleurant en surface, sont traités à la manière de Twombly. Au demeurant, chaque artiste s’est appliqué à traiter le thème fédérateur avec originalité et sur supports divers. Pitout Bnjrbv en imaginant des sortes de rideaux, faits de fil de pêche, rythmés par des tissus froissés récupérés dans l’atelier (il a réalisé un cœur suspendu, avec la même technique), et occultant partiellement les portraits sur toile de son couple en arrière plan. Sans s’éloigner du thème, Laurence Patri a littéralement sculpté, à force de plis, entre les pages de livres de manière à obtenir une image en relief. Plus proche de l’artisanat d’art, Pascal Dumas, sous vitrine, a réalisé des petites sculptures qu’il qualifie de sensuelles et que nous dirons manuelles, en bois nobles. Marie-Claire Esposito n’a pas craint d’exhiber l’obscénité d’un imposant phallus en grès sur une scène vouée jadis à d’autres dévotions, ainsi qu’une série de rouges à lèvres du même acabit, si je puis dire. Séverine Metraz a choisi de son côté le collage, mêlant images pieuses et allusions plus coquines, dans une feu d’artifice de références et couleurs. Anne Saulle, a choisi la photo noir et blanc, habilement disposée en gradation, de la rencontre à la conjonction des corps. De leur côté, Angélique Petit ajoute des broderies à ses photos, Car Thieb recourt à des nappes Vichy, le jeune Djoey Drin-Quero choisit les mots d’amour. Christy Puertolas décline de son côté le mot amour sur des supports les plus inattendus, notamment son écran tactile ou une taie d’oreiller, dont elle fournit ensuite un tirage numérique. Son lettrisme devient plus que graphique, pictural. L’expo témoigne ainsi d’une grande variété et il y en a un peu pour tous les goûts. Ben Vautier, que l’on ne présente plus, et Jean-Luc puis Titi Parant honorent cette exposition de leur présence, l’un avec ses boules en cire noire tournée vers le cosmos qui ont assis sa notoriété, et aussi avec une expérience rotative d’écriture terrestre sur papier, l’autre en déclinant ses Je t’aime et ses couples en terre cuite, voire, cerise sur le gâteau, ses horloges d’amour. Une expo qui met du baume au cœur, permet de découvrir des jolies petites choses et de retrouver des artistes très attachants. BTN

Jusqu’au 26 avril à la Chapelle du quartier haut à Sète. Tél. 04 99 02 87 62

Pitout BNJRB