Depuis 2013, le musée Réattu a entrepris un vaste chantier de relecture de son riche département photographique. Aux grandes expositions rétrospectives – Les Clergue d’Arles en 2014 et Oser la photographie en 2015 – succèdent des accrochages thématiques, qui placent chaque année la collection sous un jour nouveau.

Un cycle prenant pour sujet des thèmes incontournables de l’histoire de l’art a été entamé sur les questions du corps, de l’architecture et du portrait, et se poursuit aujourd’hui avec celle du paysage. Car le Réattu, en plus d’être un musée et un monument, c’est aussi une vue.

Le musée bénéficie en effet d’une perspective idyllique sur le Rhône qui constitue sa plus belle carte postale, sa première « photographie ». En s’installant ici, les chevaliers de Malte inventaient, probablement sans l’imaginer, un paysage parfaitement cadré, qui allait aimanter la vision des artistes des siècles plus tard. Le premier fut Jacques Réattu, auquel succédèrent de nombreux peintres, sculpteurs et photographes, tous fascinés par cet environnement sculpté par les caprices de l’eau et du vent. Vue. Cadre. Perspective. Ces termes, hérités de la peinture, se retrouvent dans le vocabulaire de la photographie. Ils traduisent l’idée d’une découpe dans le réel opérée par l’artiste, qui prélève un élément du pays qui l’entoure pour en faire un « paysage » digne d’être regardé, commenté, admiré. D’où l’idée d’une forme d’anatomie, d’un art de la découpe appliqué au paysage, dont l’instrument n’est plus le scalpel ou le pinceau, mais l’objectif photographique.

L’exposition Anatomie du paysage, à travers une sélection de près de 130 œuvres issues des collections du musée, illustre ainsi la diversité des regards face à l’environnement, naturel ou urbain, sauvage ou quotidien. Elle retrace la conquête perpétuelle des photographes de nouveaux modèles et souligne leur capacité à inventer des paysages.

A découvrir du 28 janvier au 11 juin au Musée des beaux-arts Réattu à Arles. Tél : 04 90 49 37 58 – www.museereattu.arles.fr/