Exposition « A las cinco de la tarde » au Centre Béranger de Frédol Villeneuve les Maguelone

Derrière ce titre en espagnol, emprunté à Garcia-Lorca, l’heure tragique, se révèlent toutes les émotions que peut susciter la corrida, activité humaine ancestrale mais controversée aujourd’hui et vouée à une probable disparition. Derrière la beauté des gestes, la rutilance des couleurs, la solennité de rigueur, une telle activité, traduite en images, met en scène l’angoisse, la souffrance et la mort, rituelle, et quasiment sacrée – dans des habits qui pourraient passer pour sacerdotaux de surcroît.

André Fernandez a beaucoup photographié la corrida. Il la sait aujourd’hui menacée. Son exposition se veut avant tout témoignage. Il ne cherche pas à porter de jugement. Ses clichés parlent d’eux-mêmes et chacun est libre de les interpréter comme il l’entend. Il ne s’agit pas ici d’une exposition polémique. Il s’agit de reportages, dont on peut soi-même extraire du sens. Le photographe nous laisse juge. Les images proviennent des années 90-95, présentent les célébrités de l’époque et couvrent les arènes incontournables de la région comme Nîmes, Béziers ou Arles.

La photo est par nature muette. Elle rapproche les profanes de la scène saisie sur le vif. Elle fait partager l’intimité de ce qu’a pu capturer son auteur placé au plus près de l’événement. Plus de clameurs, d’ambiance grégaire, sonore et rythmée de olé !, ni d’enthousiasme collectif quand la foule chavire, fascinée par la proximité du danger de mort ou par la certitude d’une échéance inexorable : le simple document, livré à l’état brut. On peut classer ces archives en plusieurs catégories : les portraits, qui nous montrent l’humain, dans sa singularité et sa faiblesse, rehaussé par les habits de lumière toutefois ; les coulisses du spectacle avec ses préparatifs, sa concentration ou ses prières ; le torero sur la piste, plus particulièrement face au taureau, mettant en œuvre toute son habileté devant la force déchaînée de la bête prise au piège ; les moments clés du spectacle, quand interviennent les picadors que les chevaux sont poussés le long des rambardes, ou que le taureau fait la culbute ; le sang qui ne manque pas de couler, avec ou sans banderilles ; les drames et tragédies, quand Nimeno sort sur une civière, après son dernier tour de piste ; le soulagement, quand une star comme Marie Sara embrasse la corne du taureau qu’elle vient d’abattre.

La boucle est alors bouclée, dans sa chronologie implacable et fatale. André Fernandez déroule, dans cette exposition qui se déploiera le temps d’une féria de village, les moments obligés de la corrida : de ce qui la précède à ce qui l’achève, en nous montrant, au plus près, ce qu’un spectateur moyen voit habituellement de loin et souvent en tout petit. Les formats utilisés nous rendent les protagonistes proches sans pour autant qu’ils écrasent le visiteur de leur présence. L’image, silencieuse, nous rapproche certes du théâtre des tragédies qui se jouent dans l’arène mais tout en gardant la distance : on est confrontés à un instant figé dans le temps, dépouillé de ses aspects festifs et livré en toute objectivité, grâce à un appareil encore argentique, il est important de le souligner.

Une plongée dans un monde cruel mais fascinant, dont André Fernandez a su extraire la plasticité unique, tant qu’il est possible de l’approcher, puisque la beauté peut se découvrir en toute chose, du moment qu’elle bouleverse, provoque ou interpelle notre sensibilité. BTN (Aica ; L’art-vues).

Exposition du 5 au 23 septembre, Centre Béranger de Frédol, 235, bd des Moures, 34750 Villeneuve les Maguelone, 046769580000 (Ouverture exceptionnelle les 6 et 7 septembre).

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