Voici une expo bien dans l’air d’un temps préoccupé par le sort dévolu à la Nature et donc finalement à nous-mêmes qui nous croyons à l’abri de toute destruction imminente. Que les artistes s’en préoccupent est d’autant plus normal et sain qu’il est avant tout un citoyen du monde, même si le regard qu’il porte sur les grands sujets universels s’avère, le plus souvent, décalé, distancié, parfois exacerbé.

A Cajarc, lieu rural si l’en est et d’autant plus concerné par ce problème crucial pour les générations qui nous succèdent, on découvrira d’une part quatre œuvres qui portent précisément ce type de regard par le biais d’installations ou de témoignages vidéos, de l’autre un ensemble de multiples empruntées à l’artothèque du Lot : d’Alechinsky (arbre central à l’orange), de Patrick Van Caeckenberg ou de Jean-Luc Moulène (photos de Grands arbres ou chien hurlant à la fougère) parmi la quinzaine retenus.

L’arbre, la plante (Marie Thibaut), la fleur et le rocher sont ainsi mis à l’honneur dans un florilège mural qui s’apparente à une forêt. D’abord, dans l’œuvre reconnue, dès l’époque de l’Arte povera, dans les années 60-70 de l’italien Piero Gilardi, rendu célèbre par ses tapis-nature en matériaux artificiels, reproduisant des éléments naturels, mis au mur, un peu comme l’a fait Spoerri avec les reliefs de table. Gilardi a créé le parc d’art vivant de Turin où il expose des artistes tels que Michel Blazy dont on sait qu’il recourt volontiers à la nourriture en décomposition dont il met en évidence les couleurs, et bien sûr la matière. Au musée, il présente un mur de poil de carottes une œuvre intitulée Boules de Lentilles. Chiara Camoni propose, quant à elle, des impressions végétales sur soie, fruit de quelque collecte dans les environs du lieu d’expo dans un esprit de travail collectif et de réalisation conviviale. Elle recourt à des figures féminines, sortes de déesses symboliques empruntées aux temps primitifs. Florence Lazar dénonce les dangers sanitaires de la culture bananière en Martinique en nous plongeant dans la vie quotidienne des agriculteurs contaminés.

Côté artothèque, à part les stars, on apprécie la troublante photo de Florian Tiedje où un enfant dormeur semble protégé par une nature parentale et géante. D’autres surprises nous sont réservées, du côté de l’archéologie et des défenses de mammouth autochtones, de la divination livresque venue d’Indonésie et même de la poésie d’un André Breton, un familier des lieux, à la poursuite d’un oiseau fabuleux. La réflexion est aussi scandée par les textes d’Emmanuelle Cecchia. Pendant que les champs brûlent nous n’en finis- sons plus de nous replier vers nos petits intérêts égoïstes, et parfois polluants. Les artistes témoignent, de leur côté, d’une inversion de tendance …

BTN

Du 9 février au 10 mai, à la Maison des arts Georges & Claude Pompidou – 134, av. Germain Canet à Cajarc (46).

Plus d’informations : tél. 05 65 40 70 19. magcp.fr