Qui n’a pas rêvé, le temps d’une expo de réunir l’Orient et l’Occident. C’est ce qu’aura tenté dans le Centre d’art contemporain Walter Benjamin, et dans la galerie Roger Castang le duo franco-allemand KRM.

Chérif et Geza divisent en effet cette double exposition (deux lieux dont un privé) en deux parties en apparence distinctes mais en réalité pas si éloignées. L’esprit du mur berlinois les guide par le truchement de panneaux incluant des affiches publicitaires mais détournées, réduites à la fonction d’élément d’un ensemble bien plus riche où se dévoilent leurs opinions, leurs sentiments, leurs motifs de rebellions.

Ces fragments reconstitués de mur rappellent l’enfermement mural et mental dont il faut à tous prix se libérer, qu’il soit réel, idéologique ou politique. Ainsi se juxtaposent des signes, de symboles, des fragments de réalité, des gestes, des mots, beaucoup de mots avec des caractères à chaque fois différents, des images bien sûr, comme s’il en pleuvait, tout ceci rendant compte de la vie que l’on est amené à subir et d’une façon d’y répondre par l’expression canalisée.

Il semble que le travail s’allège au fils du temps, et parte d’un support vierge, bois et métal. Cependant l’essentiel est de conserver l’esprit revendicatif qui caractérisait les initiatives, plus ou moins anonymes, qui témoignant d’un pan non négligeable de l’Histoire du XXème siècle, de ses déchirures et de ses illusions perdues.

Comme quoi à toute chose malheur est bon, les gens heureux n’ont pas d’histoire et c’est au public de compléter mentalement les plages de vide ou d’associer les éléments emmurés, si l’on peut dire, sur l’espace du peint. Le fait de travailler à quatre mains rappelle cet autre aspect de l’esprit du mur qui est l’anonymat.

Par ailleurs, les deux artistes ont pu œuvrer dans la ville portuaire rendue célèbre par St-Exupéry, Tarfaya, aux portes du désert sahraoui. Chérif et Geza ont pu y étudier l’art des nomades et la variété des textiles qui singularisait leur culture. Chaque œuvre se présente alors sous forme d’un patchwork de divers rapiéçages assemblés jusqu’à obtenir une composition présentant une unité. On est alors plongés dans un autre monde, moins tumultueux que le nôtre, un monde encore ancestral dont se profile la disparition, et dont il s’agit de conserver la mémoire. Un monde davantage en rapport avec la nature dans ce qu’elle a de brut et de primitif, le textile demeurant l’un des rares moyens de s’en protéger quand elle nous est hostile, par le biais des vêtements ou des abris.

Le mur suppose des matières dures, on est avec les textiles dans une plasticité plus souple mais non moins résistante, la conception du temps s’appuyant sur la lenteur, l’apaisement, l’harmonie. Les couleurs sont bien sûr importantes, témoignant d’une esthétique non industrielle. On a ainsi deux formes d’art mais qui témoignent d’un même sentiment de résistance : aux exigences de l’Histoire ; à celles de la Nature.

BTN

Jusqu’au 29 mars.

  • Au Centre Walter Benjamin – place du Pont d’en Vestit. Tél. 04 68 66 33 18. mairie-perpignan.fr 
  • A la galerie Roger Castang – 39, rue François Rabelais à Perpignan (66). Tél. 04 68 34 03 67.