Quatre jeunes artistes, diplômés des écoles d’art de la région, se partagent donc l’espace, toujours remodelé du Frac OM de Montpellier, ouvert aux scolaires et à quelques privilégiés, en attendant la fin du confinement.

Le premier Hugo Bel recourt en l’occurrence à un matériau peu usité, le sucre liquide, mais aussi à du verre et de la filasse pour délimiter en quelque sorte l’espace d’exposition sous forme de grille moulée sur quelque lycée montpelliérain tout proche. Avec ce matériau coulant et plastique mais fragile pour ne point dire éphémère, Hugo Bel illustre le thème qui réunit les quatre artistes autour de la fugacité des choses humaines ainsi que des apparences telles que l’ombre et la lumière. Beau pied de nez à toutes les œuvres qui tirent « vanité » de leur pérennité. Une installation suspendue, toujours en sucre non raffiné et filasse, rend hommage au tournesol, cette plante qui comme son nom l’indique, n’existe que grâce à la lumière solaire, laquelle disparaît dans ce lieu d’exposition. Le sucre pleure, l’homme ne se remettra jamais de son incomplétude, essentiellement temporelle.

Isabelle Rodriguez nous fait pénétrer dans un espace intime moins voué à la matière qu’à la légèreté des mots littéraires. Et pourtant. Son héroïne : une princesse se prenant pour l’écrin d’un vulnérable piano, et vouée pour cette raison à un véritable confinement. Son installation est donc composée d’objets (deux minuscules pianos de verre), de documents et bien sûr de textes. On peut également lire sur place cette histoire un peu étrange mais vraie. Une robe blanche d’époque donne corps à cette créature au destin si vite brisé et dont le sort ne peut que toucher par son inquiétante étrangeté, si poétique pourtant.

Vir Andres Hera nous fait pénétrer, par le moyen de deux vidéos géantes, dans un domaine audio-visuel qui sollicité la part d’ombre, en voie de disparition des cultures minoritaires. On est dans le rituel, l’ancestral, le mystérieux et pourtant si proche de nous, inscrit en nous. Ce que l’on pourrait appeler l’autre. Au mur il a réalisé une sorte de triptyque en palimpseste, recourant à des langages disparus, en voie de disparition etc. tel l’aztèque ou le vaudou. L’appeau, pour sa dimension communicative, est mis en exergue, brisé et reconstitué. Son travail flirte avec l’archéologie ou la paléontologie mais témoigne de la survivance toute relative des cultures. Il nous fait franchir un degré de plus dans l’Histoire.

Enfin Rebecca Brueder réalise une installation murale in situ tout à fait remarquable sur l’immense mur du fond. Ce dernier est couvert de trois couches de terre de plus en plus claire où viennent se déposer des fragments stellaires de verre et miroir censés figurer les éclats d’une météorite tombée sur terre. La terre est donc illuminée par la lumière mais en même temps notre planète est à la merci d’une destruction venue du ciel ou du cosmos. On se sent tout petit face à cette œuvre qui rappelle le peu de lumière d’un univers infini voué aux forces obscures. Un très méticuleux dessin à l’encre d’une éruption volcanique termine cette exposition qui au fond nous fait voyager dans le temps, ce temps qui nous est compté et qui se donne à lire à nous quotidiennement, sous forme de successions d’ombres et de lumières. Ce qu’illustre bien cette exposition.

BTN

Jusqu’au 15 mai environ au FRAC OM. frac-om.org