D’origine palestinienne par son père artisan verrier, suédois d’adoption, vivant à présent en France et maîtrisant l’anglais le jeune encore Tarik Kiswanson est un bon exemple du métissage culturel, chaque langue apportant sa façon de penser le monde. Il présente son travail à Carré d’art du 30 octobre au 7 mars 2021.

Son nom est à lui seul tout un symbole. Il est fait connaître principalement par ses installations sculpturales et par ses films. Il recourt à ceux-ci pour ce qu’ils incarnent d’espoir en l’avenir malgré leur fragilité et candeur passagères. Dans l’un des films, montré à Carré d’art, Reading room, on peut voir un jeune métis s’adonnant à la lecture dans la bibliothèque de Columbus.

Dans une tentative performative, des préados défilent costumés par les soins de l’artiste avant de manipuler les fines lames d’acier poli qui sont l’image de marque de Tarik Kiswanson. Incarnant si l’on peut dire la figure du père ou de la mère, oblongues et de hauteur démesurée, ces sculptures peuvent se voir collectivement de l’extérieur mais plus intimement, en toute singularité de l’intérieur. Elles réfléchissent dans un cas la fragmentation du monde mais dans l’autre elles proposent une fragmentation de l’image de soi et font appel dans les deux cas à la collaboration du spectateur.

On peut parler de métissage entre l’artiste et son œuvre, de même qu’entre l’objet et l’image, ou même entre l’art et l’écriture, l’autre activité de Kiswanson. L’artiste produit également de curieux dessins à la poudre de fusain sur papier qui relèvent d’un aspect fantomatique : il s’agit d’une silhouette probablement enfantine dont l’identité ne nous est point livrée et qui d’une part exclut toute identification trop pointilleuse et marquée, d’autre part correspond bien à l’être en formation qui nous est suggéré. Et n’est-ce pas la caractéristique de l’artiste que de se sentir éternellement inaccompli ?

Par ailleurs, l’artiste semble à la recherche de formes universelles, dans la continuité sans doute d’un Brancusi. C’est l’impression que donnent en tout cas certaines de ses sculptures telles que la Robe, toute en rotondité et en plis, toujours en, recourant à l’acier, ou encore Bird, plus chatoyante et combinant deux parallélogrammes, fixée de façon à suggérer un oiseau perché.

Tarik Kiswanson s’adonne aussi çà l’écriture poétique, dont il instille l’esprit dans ses films ou sculptures. Cela ne l’empêche pas de pratiquer le ready-made comme ce planisphère intitulé The world, émondé de ses frontières repérables comme pour évoquer un monde à reconstruire et une paire d’yeux pour mieux le percevoir.

Plus d’informations : carreartmusee.com

Crédit photo : The Window, 2020, poudre de fusain sur papier, 42 x 29,7 cm. Courtesy de l’artiste