Disparition d’un grand écrivain : Marcel Séguier

Encore un grand écrivain de notre région qui nous quitte, et avec lui toute une génération, celle des cahiers de la Licorne, des coups de boutoir assenés à la littérature traditionnelle par le nouveau roman, celle où l’on se préoccupait du faire plus que du dire. D’où cette assertion de Paul Valéry que Marcel Séguier se plaisait à citer : « je n’ai pas voulu dire, mais j’ai voulu faire et (…) ce fut l’intention de faire qui a voulu ce que j’ai dit ». Dès l’année 72, il dirige un recueil d’articles en hommage au futur prix Nobel de littérature, Claude Simon, dans la série des Entretiens avec le concours d’éminents universitaires. Les revues le sollicitent : Entailles puis Textuerre.

Dès 67, il avait publié un roman très remarqué, Su casa, aux éditions Denoël, qui lui vaut le prix Cino del duca, un succès d’estime et un public exigeant et fidèle. Mais Marcel Séguier n’était pas du genre à chercher le succès à tout prix. Son œuvre se soutenait d’une exigence : suivre l’aventure d’une écriture plutôt que l’écriture d’une aventure, pour reprendre une phrase de Ricardou. La Reddition suit la course folle d’un sillon qui se creuse au fur et à mesure qu’un homme s’exténue. Le juif de l’écriture, son unique essai, montre la proximité de sa conception scripturale avec la pensée nomade ou la recherche de la terre promise. Malédiction (Flammarion) voit un homme creuser sans fin les murs de la maison qu’il a construite. Il y a donc quelque chose de l’ordre de la quête en l’auteur du Noyer d’Amérique et de La dentellière du roy (Fayard), où il sollicite l’univers de l’enfance.

Découragé par l’insuccès de L’annonce riveraine (chez Grasset), il renonce quelque temps à la publication mais est rappelé par une petite éditrice/galeriste/peintre, Aline Jansen, Editions Nacsel où il s’essaie au livre d’artiste : Le voyage à la lettre , puis Une si belle plante. Max Chaleil lui publie alors La ville infidèle. Et les éditions Thalès, son chef d’œuvre : la frontière. Depuis quelques années, il confiait ses romans à la Compagnie littéraire, qui sortit ainsi des romans très réussis tels que Dans la vallée de Senaar, Terminus infini, Sereno et, juste avant son décès, Pérégrinations, une somme de 440 pages sur lequel nous reviendrons et dont le titre résume bien la démarche textuelle de l’écrivain. Le vent les a ôtés relate des souvenirs de rencontres sur les gens qu’il aimait (Georges Frêche, Brassens, Claude Mauriac, Claude Simon…). Il fait à présent partie du nombre. Le petit poème qui suit s’inspire de ses titres. BTN

LA REDDITION

Ainsi pour toi aussi c’est l’arrêt du sillon
La fin annoncée d’une aventure riveraine
Le point final d’un voyage à la lettre
La terre promise de l’écriture
La halte souveraine
Le terminus enfin
Qu’en émule du juif errant
Tu auras poursuivi sans relâche
Avant l’ultime repos du guerrier des mots
A l’instar du maçon de Su casa

Et qu’importe si la ville
Te fut quelquefois infidèle
Elle est sous l’emprise du dire
Et tu ne cherchais qu’à bien faire

Nous sommes quelques-uns à dire que tu as bien fait

2 COMMENTAIRES

  1. Bel article,accompagné d’un judicieux poème de BTN, qui incitera peut-être certains à lire ses romans et à perpétuer le souvenir d’un homme dont la vie fut en grande partie consacrée à la littérature,même s’il aurait aimé être musicien ou chanteur lyrique…dans une autre vie!Merci pour lui,sa fille Claudine

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