Concert Christophe au Corum à Montpellier

C’est un Christophe en grande forme que les spectateurs du Corum ont pu apprécier, écouter et contempler ce samedi soir de mars. Loin de la réserve qu’on lui suppose, l’interprète de « Succès Fou » (chantée au piano dans une version inédite), dialogue avec son public, plaisante, sait doser ses effets, manie avec dextérité le comique de répétition… Le chanteur annonce dès le début la couleur : il interprètera l’intégralité de son dernier album « Les vestiges du chaos », dont le morceau éponyme est cosigné par J.M. Jarre, le complice des meilleurs jours, avant de puiser dans le répertoire des tubes « romantiques (sic), et de quelques chansons tirées de l’oubli.

Un tour de chant de Christophe, c’est avant tout un spectacle total : une symphonie de jeux de lumière, en concordance avec l’accompagnement impeccable impulsé par un orchestre qui sait se mettre au diapason des fantaisies du maître. Un souci scrupuleux de la qualité du son, bien servi par l’acoustique du Corum, que le chanteur salue au passage. Avec d’un côté une fidélité assez stricte par rapport au dernier CD, tandis que les quatorze titres suivants laissaient une large part à l’improvisation, notamment quand Christophe joue seul au piano, ou avec un musicien. Les vestiges du chaos sont à coup sûr son meilleur CD depuis longtemps. On y trouve tout ce qui fait le charme de Christophe, sa voix cristalline qui émerge d’une superposition de sons, électroniques ou manuels, tous particulièrement élaborés. Des titres lents, bien dans la veine des « Mots bleus » ou de « La Dolce Vita », qui seront bien sûr interprétés par la suite : « Océan d’amour », « Les mots fous », « Lou » (Reed), le vibrant « Drone », l’émouvant « E justo » (avec la voix d’Anna Mouglalis), et l’extraordinaire « Ange sale », où l’on voit combien le chanteur sait assurer sobrement et discrètement le rôle d’orchestrateur, geste à l’appui, à la mesure près. Mais des morceaux également plus cadencés comme « Stella Box », l’un des meilleurs de son répertoire, « Tangerine » (en duo avec Alan Vega, grâce à un artifice technologique), et « Tu te moques », encore une réussite incroyable de ce compositeur de 72 ans, mais qui a gardé son inspiration et ses facultés vocales. Le public est sous le charme (même si certains sont venus pour les tubes) et manifeste son enthousiasme sans réserves, après chaque chanson mais aussi près une intervention parlée.

Les 12 morceaux du CD interprétés… Christophe enchaîne directement la deuxième partie du concert, alternant les prestations en solo au piano (« Comme un interdit » puis « Mal comme », et le formidable « Paradis perdu » ou « Petite fille dus soleil », pour les fans de la première heure), et des interprétations orchestrales irréprochables, notamment sur deux de ses meilleurs morceaux « Un peu menteur » et surtout « J’l’ai pas touchée », pour laquelle il invite sur scène (après maintes annonces) une formidable chanteuse américaine qui devrait figurer sur son album de duos. La surprise vient du fait que Christophe ne suit forcément la mélodie connue mais, à la manière d’un jazzman ou d’un bluesman, propose de multiples variations qui nous font découvrir la chanson autrement : c’est surtout vrai pour « Senorita » que l’on a du mal à reconnaître au départ, et surtout les « Marionnettes », méconnaissable tant il lui retire son aspect désuet. Les mots bleus se termine par des citations de classique du rock…

Juste après avoir exhumé « Le beau bizarre », qui a pourtant assis sa reconnaissance auprès des spécialistes, et le méconnu « Des petits luxes », le concert ne pouvait se terminer sans l’incontournable « Aline», elle aussi revisitée, à propos de laquelle ce chanteur décidément hors normes, et se revendiquant comme tel, se lance dans un discours didactique sur les prétendus artifices des rappels habituels.

Un chanteur humain, même si sachant se servir quand il faut des extraordinaires moyens sonores et visuels que nous offre la technologie, doté une voix exceptionnelle et unique, reconnaissable entre mille, et devant laquelle il s’efface en tant que personne, avec une humilité généreuse et qui force le respect. BTN 

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