A Carcassonne, la visite de la Cité s’impose, élémentaire. Mais  à côté de ce joyau médiéval des plus fréquenté, pour tous les lecteurs  de France et de Navarre, tous les amoureux de littérature, il existe un lieu sans détour possible. C’est le Centre Joë Bousquet, le sein (et le Saint) des Lettres française.

C’est dans l’intimité de sa chambre, au creux de son lit, où, après une grave blessure (blessé le 27 mai 1918 au combat de Vailly dans l’Aisne, lors de la guerre de 14-18), il passa le reste de sa vie, une existence exemplaire, que l’auteur Joë Bousquet produisit ses plus beaux écrits. En solitaire mais pas isolé, il reçut à son chevet les plus grandes plumes, les érudits, théoriciens, artistes et chercheurs. C’est dans cette chambre poétiquement très habité, qui fait fi du temps et de l’espace que se sont déroulés les plus riches entretiens entre ce poète et un grand nombre de ses contemporains. On a du mal à imaginer que l’auteur  du Meneur de lune, de L’oeuvre de la nuit ait été si littérairement inspiré et éclairé dans une chambre sombre, dont une fenêtre est obstruée par une toile de Max Ernst, à l’intérieur de laquelle il dialogua avec, entre autres, Aragon et Elsa Triolet, laquelle, exclusive et radicale s’exclamera : « Joë Bousquet, seule âme de cet endroit, aux portes closes inhumaines ». Simone Weil, la philosophe, elle aussi rencontrera l’auteur par l’intermédiaire de Jean Balard, qui fut directeur des Cahiers du Sud. Les peintres, Dubuffet, Max Ernst,  Tanguy, Magritte, (« il m’est arrivé dans la journée un peintre réfugié de Belgique ») et Fautrier entrèrent dans la collection personnelle de Joë Bousquet.  

Aujourd’hui,  le Centre Joë Bousquet et son Temps au travers des « Parcours de lectures et d’écrivains » poursuit avec profondeur et qualité, cette dimension d’échange, de circulation des mots, de questionnement. A la découverte de l’exposition Livre espace de Rencontre sont invités les 29 et 30 octobre, Marcel Cohen et Gérard Macé.

Marcel Cohen, liminal et limbique

C‘est un poète magistral du presque rien mais qui, en linguiste intrusif semble tout savoir de ce rien. C’est un écrivain du « détail qui tue », « de l’infime, de l’impondérable du négligeable ». Marcel Cohen s’attache à voir tout ce qui creuse et travaille dans l’infra. Les mots soulèvent pour attraper ce qui se tapit dans leur noyau dur. Sous la plage, les pavés, dirait-on vulgairement. C’est dire qu’il est à son aise dans l’écriture du fragment, proposé par la thématique des échanges de ce dernier week end d’octobre. Depuis près de soixante ans, voire soixante-dix, il n’a cessé de se pencher sur une œuvre sans équivalent dans notre langue, à la lisière de la métaphysique et des petites choses de la vie qui souvent en ressortent, tirent vers l’abstrait. Les deux livres de la collection blanche, chez Gallimard, Détails, II, et Villes attestent de cette productive lorgnette existentielle. De la ville indienne fantasmée à Waysata (ville du Minesota) en passant par un village du Morbihan, tous transfigurés, de la plus banale scène de métro aux horreurs causés par la guerre ces multiples parcours ne manqueront pas, d’être commentés, interrogés.

Gérard Macé,  « le goût de l homme, »

Grand voyageur, il a sillonné le monde entier,  fortement tenté par l’écriture mais aussi la photographie, il écrit pour « susciter le réel, créer une sorte d’irisation, s’abandonner à un rythme musical, élaborer intérieurement des phrases qu’on mémorise et dont on ne perçoit pas immédiatement l’enjeu ni la portée. C’est dans ces dimensions d’abandon, de rythme et d’intériorité qu’il rejoint Marcel cohen, dans ce champ du rêve et de la divagation conscientisée. Un rejet de la ligne droite pour aller vers les contours et les rondeurs d’un trajet non prémédité. Il avoue que démonstration et  rédaction n’étaient pas ses points forts. 

Nul doute que l’évocation des thèmes qui superposent la vie et la lecture, le rôle de la littérature, la mémoire et la création, la fonction du roman la pensée des poètes et les rapports entre écriture qui sont les lignes de crête de Marcel Cohen et Gérard Macé seront un jubilatoire point de rencontre entre les deux écrivains et un public venir parcourir avec eux un moment de subtil échange

Les 29 et 30 octobre à la Maison des Mémoires à Carcassonne.

MJL

Plus d’informations : carcassonne.org