Une mère et sa fille qui exposent en même temps, c’est assez rare pour être souligné. Même si l’exposition au MAGCP, qui dure encore jusqu’au 4 décembre, amorce une sorte de symbiose, la différence générationnelle pourrait favoriser quelques nuances. L’une travaille essentiellement la photo, l’autre la vidéo, ça n’a l’air de rien mais ça pourrait mettre en évidence l’une d’entre elles (je parle des nuances). Pascale Gadon-Gonzales est plutôt dans l’observation, récurrente, de l’objet, dans la méditation qu’il suscite et dans l’humilité du motif. Lola Gonzales, plonge dans l’univers de l’Autre, explore les limites entre réalité et fiction, et privilégie à la fois l’action et le mouvement. On est sans doute dans l’urgence dans les deux cas mais avec deux façons de la gérer. La pointer du regard d’un côté, intervenir et expérimenter de l’autre. 

Pascale Gadon-Gonzales fixe son attention sur les lichens qui ont la faculté de s’adapter à n’importe quel support. Ils existent de toute éternité et nous font remonter aux origines de la vie. Par là même, ils nous connectent à l’essentiel, à des modes de fonctionnement que nos comportements individualistes ont oublié depuis que nous avons tourné le dos à la nature pour suivre les supposés bienfaits de la civilisation. L’artiste en montre la diversité, analogue au fond à celle qui nous distingue tous, dans le lichen géant de l’humanité, des autres. Les beautés cachées, les nuances de couleurs, les relations à l’environnement, les structures subtiles et complexes. La richesse de la nature, quand on l’approche d’un peu près, fait oublier la frénésie ambiante. On a besoin parfois de retrouver un ordre universel, face à quoi nos querelles et prétentions paraissent d’autant plus dérisoires, nos agitations d’autant plus vaines. La nature, et ses lichens ancestraux, nous donne une bonne leçon tant qu’il est encore temps. Par ailleurs, les paysages qu’elle en extrait sont d’une beauté à couper le souffle – ils sont fantastiques et monstrueusement magnifiques. 

Lola Gonzales choisit l’humain, sa capacité à se sociabiliser, son aptitude à la rencontre et sa gestion de la parole permise, par le langage ou le silence. Le corps joue un grand rôle dans ses vidéos qui prennent la forme d’études ou d’exercices sur la genèse des groupes sociétaux, dans des contextes non urbains voire isolés au fin-fond de la campagne. Au fond, les deux se rejoignent dans la volonté de revenir à des choses simples, originelles et de les rappeler à nos comportements tournés vers la réalisation immédiate des désirs artificiels. Elle se fonde sur l’amitié et sur l’invitation à voir le monde autrement, quitte à devenir aveugles, mais il s’agit d’une cécité symbolique, de changer le regard sur le monde. 

Dans cette vallée du Lot, chargée d’histoire, naturelle et humaine, cette double initiative paraît apporter à la fois une autre vision des finalités multiples de l’art et un point de vue sur le monde en général. Un peu comme les radios-pirates autrefois, dans la marge, diffusaient des sons différents qui ont fini par s’imposer. Oserais-je dire à la manière d’un virus mental,  à même de modifier le mode de pensée général édicté par l’individualisme effréné et manifestement suicidaire. Un film de Lola Gonzales, tourné à Lyon, imagine des êtres contaminant les points d’eau de manière à nous laisser le choix entre immortalité et mémoire ou conscience d’exister. A méditer donc.

BTN

Plus d’informations : magcp.fr