L’univers sensible de Barbara Schroeder est empreint de transversalité. Les passerelles explorées englobent la peinture, la photographie, le dessin, la sculpture, la performance, l’installation, la gravure et la céramique. Une pluralité de médiums qui convergent en direction d’un thème : les métamorphoses du vivant, elles-mêmes distillées en de multiples territoires : le paysage, les forces telluriques, les légumes rustiques, le hasard, le chaos, le végétal, l’apesanteur, le minéral, le spirituel, l’humain, le polyptique….

Influencée originellement par l’expressionisme allemand (Der Blaue Reiter, Käthe Kollwitz,…), les premières réalisations de la plasticienne allemande sont des gravures. Ses estampes en clair-obscur déroulent une poignée de personnages aux faciès anguleux évoluant dans des saynètes autoritaires et violentes.

« Je suis plus proche de la terre que du ciel, nous dit-elle en substance. Je m’interroge sur le sol que frôlent mes pieds. » Quel que soit le sujet abordé, ses toiles convergent vers le paysage, portion d’espace terrestre d’un moment auquel se greffent, à la mesure du polyptique, une multiplicité d’autres « photographies », d’autres « écritures de lumière » comme le dévoile l’étymologie éponyme.

« Mes tableaux sont des paysages d’un instant. Gerhard Richter, Anselm Kiefer et Joseph Beuys sont pour moi des naturalistes qui travaillent sur la morphologie de la nature. Leur influence a été décisive. Je ne voudrais garder que la forme, faire apparaître l’intérieur, les peaux successives, les liquides figés, les humeurs immobiles.

A découvrir jusqu’au 30 juin à La Mouche à Béziers. Tél. 04 67 30 63 52 lamouche-art.com

crédit photo : Claude Prigent

« L’Entre-temps » 2017-2018

Un chapelet de production récentes dans lesquelles, celle qui navigue entre figuration et abstraction poursuit ses recherches plastiques. Des recherches alimentées par les contrastes où se croisent un tubercule à la fois remède et poison, une lumière qui n’existe pas sans l’ombre qu’elle projette, des compositions silencieuses mais pas muettes comme des visions aériennes qui n’oublient pas leurs ancrages telluriques.

 

Connue pour ses natures mortes pleines de vie et d’élan au cadrage monumental, mettant en scène des légumes et des fruits occupant à eux seuls la totalité du tableau, Barbara Schroeder avance maintenant en territoires inconnus avec une captivante liberté. Terrienne à l’origine, son œuvre devient cosmique, aérienne, sa palette se restreint en des blancs crémeux de vestale, de beaux gris lumineux, des rouilles et des noirs. Des formes arrondies flottent dans une atmosphère ouatée comme des astéroïdes chargés de minerai de fer dans leur course intersidérale. Par cette forme ronde, symbole de féminité et de fécondité, pleine ou évidée, l’artiste rend hommage à la  » Kartoffel « , la pomme de terre de son enfance : montrer ce qui est caché ou comment  » rendre visible l’invisible « , selon la formule de Kandinsky.

L’artiste cultive le paradoxe de la pomme de terre à mi-chemin de l’agronomie et de l’astronomie, ou comment le tubercule, dans son équilibre en mouvement, est à la fois nourriture et poussière d’étoiles.