Il est naturellement impossible de rendre compte avec exhaustivité de tout ce que l’on peut voir dans une foire d’art, qu’il soit contemporain ou s’efforce de le paraître. Sans présumer des ventes et à en juger par le nombre de curieux qui se sont pressés lors de la soirée d’organisation on peut tout de même affirmer que cette seconde édition d’Art Montpellier s’annonce comme un succès  lequel mettra du baume au cœur de Didier Vesse .  Certes on n’y aura pas croisé les VIP du milieu de l’art qu’une telle manifestation eût pu interpeller (La présence de Mécènes du Sud, de ce point de vue, est à la fois roborative et encourageante…). L’intérêt de cette foire se joue ailleurs. Il existe toute une frange de la population, passionnée de création mais qui se moque bien des effets de mode, et des accès de fièvre du marché de l’art, et prête à acquérir des œuvres, sans pour autant se ruiner, sur un coup de cœur, ou par souci de miser sur la sécurité que représente un grand nom. Et de ce point de vue, l’éventuel collectionneur ou simple amateur d’art qui serait venu à cette foire méditerranéenne avec la ferme intention d’acheter serait de bien mauvaise foi s’il repartait déçu : on pouvait trouver deux superbes Blanchard (figuration libre) chez Ad galerie, des peintures récentes de Velickovic à Art compulsion (qui cherche à promouvoir une nouvelle sorte d’expressionnisme), des portraits de Jorge Colomina chez BE espace, le grapheur Jonone chez GM art, trois superbes toiles de Patrick Loste chez Castang, du Adami chez Declicart, des gravures imposantes de Pincemin chez Marina (et Alechinksy ou Clément), des Viallat, des Combas, des Di Rosa, des Pasqua comme s’il en pleuvait. Anticarte exhibe Niki de St Phalle (et promet du Ernst, Miro, Chagall). Le garage du Jon Voss. Au-delà des apparences, formidable galerie d’Annecy, mise sur deux valeurs sûres dont la singularité ne peut que faire l’unanimité : Florence Dussuyer  et Pierre-Marie Brisson.

Une foire peut-être l’occasion aussi de découvrir un artiste, celui que l’on a envie de suivre, parce que l’on apprécie ce qu’il fait, que l’on croit en lui, que l’on est prêt à l’aider, à miser sur son succès ultérieur ou sur une reconnaissance tardive,  parce qu’il correspond exactement au type de goût qu’il aura contribué à révéler en nous, parce que l’approcher enfin nous permet, dans le meilleur des cas,  de nouer de futures relations avec lui. Là encore la qualité ne manque pas, dans la production régionale notamment : Les volumes de Chappert-Gaujal chez Art conseil, sans doute difficiles à caser dans un salon, l’incontournable Bocaj chez Bueno Home, Palacio ou Cervera chez le perpignanais Castang, Sarthou, Verny et Fournel chez le sétois Docks Sud, Yzo et Aline Jansen chez Europ’art, Rouzaud chez Faurie, Marie Hugo galerie 37, Zest et une dizaine de grapheurs chez Nicolas Xavier, Lancereau-Monthubert galerie agathoise de la Perle noire, Marc Duran à la Pop galerie. Il faut y ajouter les superbes portraits dessinés au cheveu par Claudie Dadu et présentés par la ville de Sète… Le Musée de l’art brut, le stand e l’art-vues et le médusant autodidacte Jacques Resch, la présence des madrilènes (Montsequi), des japonais (NFF), des belges (Borabeau)… pour ceux qui aiment l’art quand il dépayse et enrichit la palette de nos certitudes esthétiques…Et puis restent les découvertes-coups-de-cœur que l’on peut faire ici ou là, le petit objet qui a attiré l’attention du côté des galeries de province : Agnès Szaboova d’Honfleur, Cortade de Montauban ;  Garnier Delaporte du côté de Sancère, du côté de Béthune (Pandem’art) ou de Marseille (St Laurent), voire de Villeurbane (Semeurs de trouble)… Pour qui sait dénicher la bonne affaire sans se fier aux goûts dominants. Nos galeries ne sont pas en reste d’Aigues Mortes (CC, Flo) à Uzès (Prestaart) en passant par Béziers (Sophie Julien), Montpellier (L’écusson) et Rodez (Lemétais) ou Sommières.

Toutes les tendances sont représentées, du surréalisme au street art en passant par l’art brut (Citadelles et Mazenod) et le néo pop le plus clinquant, les incorrigibles de la Bd, quelques imitateurs pas toujours au courant mais il en faut pour tous les goûts y compris pour celui réputé mauvais, chacun ayant sa petite idée en la matière. Qui achète en matière d’art a le goût du risque, prend un pari sur l’avenir et qui parie prend ainsi le risque de se tromper. Qui s’en souviendra dans cent ans ? Mais en attendant, pourquoi se priver d’un plaisir présent si l’on peut se le permettre. Et si l’on ne trouve pas. Les galeries sont ouvertes à Montpellier et tout autour… BTN

Art Montpellier  jusqu’au 11 novembre inclus à la Sud de France Arena, route de la Foire à Pérols. www.art-montpellier.com